ART CONTEMPORAIN ET ENSEIGNEMENT

 

Les écoles et facultés d’art regardent leurs étudiants comme de potentiels artistes et elles ont négligé les apprentissages et savoir-faire techniques. Pourtant, être « Artiste » est un don ou un état qui ne peut s’apprendre. L’Education nationale, sous prétexte d’éveil, a suivi le même principe en oubliant complètement le dessin et ses lois.

En permanence, hier comme actuellement, l'organisation du système culturel, de ses valeurs, a toujours engendré des critiques et des contestations. Malgré la réticence plus ou moins justifiée d'une partie de « professionnels » toujours attachés au maintien des anciens fondements, les opposants chercheront naturellement à établir de nouvelles pratiques sur de nouveaux critères et donc à réformer les postulats officiels.
L'éducation artistique aujourd'hui ne repose plus sur une initiation dogmatique avec une tradition imposée que l'étudiant n'aurait pas les moyens d'évaluer ou la liberté de critiquer. Les techniques normatives et les modèles canoniques ont été dévalorisés et même carrément rejetés au profit de techniques aléatoires, supposées libérer l'expressivité des élèves.
Au XIXème siècle, l'apprentissage des Beaux-Arts est transmis par le système scolaire avec pour double mission : la conservation des techniques et le respect des idéaux reconnus par la plupart des professionnels. La tâche d'une école spéciale comme l'école des Beaux-Arts est de dispenser la culture technique jugée nécessaire à l'exercice d'un métier ; en formant à un métier, peintre ou sculpteur, elle inculque également les valeurs fondamentales et intellectuelles qui sont attachées à la profession.
Par ailleurs et comme souvent en pareil cas, lorsqu'une situation d'incertitude et de crise apparaît, celle-ci se répercute aussi sur l'institution scolaire qui tend à modifier, voire à bouleverser, son système pédagogique. Ces ajustements périodiques, nécessaires et incontournables, de l'enseignement semblent d'ailleurs de nouveau d'actualité. Si au XIXème siècle l'apprentissage apparaît comme excessivement codifié, au contraire, celui d'aujourd'hui pêchera sans aucun doute par manque de repères.

L’enseignement des Beaux-Arts (1) jusqu’à une phase relativement récente a surtout reposé sur des lois académiques. C’est-à-dire sur l’apprentissage plus ou moins rigoureux des proportions à travers la connaissance du squelette et des muscles, sur l’étude des perspectives linéaires et aériennes, sur le rendu des volumes et des ombres ainsi que sur une certaine idée du sujet et de la composition.
Le but de l’enseignant consiste alors essentiellement à transmettre par l’intermédiaire de trois techniques principales : le dessin, la peinture, la sculpture, un savoir-faire ayant comme référence la réalité objective ou, accessoirement, un modèle classique.
L'interprétation personnelle - qui ne peut s’apprendre - arrive toujours en second lieu, ce qui finalement semble assez logique puisqu’il faut bien reconnaître que la fonction d’une école d'art doit être avant tout de faire passer un ensemble de connaissances pratiques.

L'apprentissage de la représentation du corps, depuis l'Antiquité en passant par la Renaissance, a toujours occupé une place centrale dans l'enseignement artistique occidental. Au XIXème siècle le dessin ou "académie" d'après modèle vivant, d'abord un modèle masculin puis ensuite plus généralement une femme nue, devient d'ailleurs la dernière étape du cursus de l'école des Beaux-Arts.
Cet apprentissage, très codifié, commence d'abord par la reproduction de gravures, puis de plâtres issus de la statuaire antique, pour finir par le modèle vivant proprement dit.

Mai 1968 constitue sans conteste une période charnière au niveau de l’enseignement des Arts. En effet, les anciens critères académiques, jugés trop rigides pour favoriser l’originalité et trop aliénants pour la personnalité des créateurs, se trouvent vivement remis en cause. Les étudiants réclament alors la suppression du Prix de Rome, de la présence obligatoire aux cours avec un alignement sur le système des facultés.
Ces doléances vont être entendues dès 1970 ; année qui entérine, après la suppression du Prix de Rome :
- La fin de la présence régulière aux cours, ce qui ne manquera pas d'engendrer, à plus ou moins long terme, un absentéisme chronique.
- La fin de l’examen de base des Beaux-Arts, le certificat d’aptitude à la formation artistique supérieure (CAFAS) qui, jusqu'alors, authentifiait la maîtrise des techniques artistiques.
A partir de là, les écoles placées sous la dépendance du Ministère de la Culture perdront le monopole de la formation avec la mise en place progressive des facultés d’Arts Plastiques (2) et la création d’un cursus universitaire classique licence-troisième cycle.(3)

Le marché de l'art, les emplois dans ce domaine - enseignement et culture - se trouvant de tout temps très réduits, ces deux filières de formation auront comme conséquence dommageable d'accroître considérablement les effectifs des étudiants diplômés et d'en laisser par conséquent bon nombre sans aucune perspective quant à une carrière professionnelle liée à leur véritable choix.

                      
Brigitte Nahon, installation dans la                                            Paul Devens, installation réalisée
verrière de la Villa Saint-Clair, 1992.                                           à l'école d'art de Grenoble, 1994.  

Quel contenu pour quel apprentissage ?
A l’image d’une partie de l’art vivant, l’abandon quasi-systématique des références traditionnelles conduira rapidement à la déliquescence des apprentissages fondamentaux (4).
A ce propos, on peut d’ailleurs raisonnablement s’interroger sur le contenu réel qui sera communiqué par des diplômés, n'ayant finalement jamais appris à dessiner et devenus aujourd'hui professeurs d'arts plastiques, à leur jeune public composé principalement de collégiens. Toutefois, il faut espérer que face à leur classe, ces nouveaux enseignants sauront définir des objectifs moins confus que ceux professés en leur temps par leurs maîtres, comme en témoigne le passage suivant sur l’enseignement dans les Écoles d’Art (extrait d’une proposition pédagogique datée de janvier 1995) :
« ... C’est en cela, entre la surprise et le sérieux, comme entre le dit et le non dit, que ce projet (il s’agit des trois affiches monochromes déjà évoquées d’Agnès Tauveron) peut être un exemple du travail mené dans les écoles d’art... Ce projet pointe la distincte différence des études artistiques, la rigoureuse retenue intime et enclose de leur méthode et la nature entrevue, d’entre-deux, de leur ambition. A titre de métaphore pour la visée des enseignements artistiques, ce projet comme les autres qui auraient pu être sélectionnés, allie imagination et calcul, fait et feinte, idée et acte et répond à un cahier des charges. »



P
ierre-François Letue
Concours et campagne d'affiches réalisés à l'initiative de la Délégation
aux arts plastiques avec le soutien de la Direction des lycées et collèges.

L'Education Nationale, elle-même, semble rencontrer quelques soucis avec l'appellation de la matière artistique en lycées-collèges. Tout d'abord nommée simplement "Dessin", celui-ci dans les années 80 en suivant le modèle de l'art contemporain, s'est élargi aux vocables assez vagues mais plus intellectuels de "Arts Plastiques" pour devenir ensuite plus modestement "Education Artistique". En lycée professionnel, sans doute afin de montrer son attachement à la nature concrète des études ainsi qu'à la réalité d'une société de consommation où la publicité tient une grande place, l'appellation "Arts Appliqués" a été préférée par les inspecteurs spécialistes de la discipline.

Avec le "Dessin" les règles étaient relativement claires et les références tangibles, l'art ou plus exactement ses savoirs pouvaient s'enseigner et s'apprendre, ils relevaient tout naturellement des compétences de l'enseignement public.
Mais aujourd'hui, à l'heure des modes imposées, comment expliquer aux élèves l'utilité de l'art contemporain ou encore justifier les qualités plastiques de la virgule Nike ?
Se pose donc sérieusement la question de savoir s'il faut réformer, maintenir ou supprimer cet enseignement, tant en lycées-collèges qu'au niveau supérieur : facultés-écoles d'art ?
Autrement dit, les enseignements artistiques à l’image de ce qui se pratique déjà pour les conservatoires - musique et théâtre - ne devaient-ils pas revenir à la sphère privée ou à la gestion des seules collectivités territoriales ?
En effet, s'avère-t-il aujourd’hui opportun et juste de conserver des structures aussi lourdes, pourvues de fonctionnaires agrégés et même d'inspecteurs généraux en arts, ce qui ne manque pas d'avoir un coût et de générer des circulaires, pour une matière qui a perdu tout fondement, tout contenu et qui, dans l'état d'esprit actuel et à moins d'en revenir à l'académisme, ne peut plus guère s'enseigner (5).

Pour conclure : De la nécessité de tout remettre à plat ?
En sixième-cinquième de Collège la discipline, "Dessin", sous son ancien vocable pourrait sans doute être conservée avec profit. Mais encore faudrait-il commencer par le début et donc en revenir à une forme d’apprentissage académique, même si celui-ci ne semble pas très ludique pour les élèves. La discipline devrait être axée prioritairement sur les notions essentielles de proportions, d'ombres et lumières, d'espace, de couleur. Cela à partir de modèles en plâtre, de gravures, de natures-mortes...
En quatrième-troisième, cet enseignement doit être choisi et devenir facultatif tout en restant bien entendu dans ce cas pris en compte lors de l'examen de fin d'études avec, en fonction de l'orientation, un coefficient important.
Ensuite, la discipline pourrait alors s'étendre progressivement à la peinture et son histoire, aux arts plastiques et appliqués, sans oublier l'étude importante aujourd'hui des domaines relatifs aux traitements informatiques de l'image.
Pour les enseignements supérieurs, et à moins de continuer à se bercer d'illusions sur d'improbables débouchés, il semble clair qu'une des deux filières : facultés - écoles d'art paraît de trop, sauf à en réduire considérablement les promotions (6).
A trop vouloir décerner de diplômes "nobles" et quel qu'en soit le niveau, la nature même, l’Etat, l’université…, face à la réalité de la vie, sont devenus aussi de redoutables machines à fabriquer beaucoup de déception et de désillusion.

 


1) 56 écoles d'art sont placées sous la tutelle pédagogique de la délégation aux Arts Plastiques du Ministère de la culture. Elles dispensent toutes un enseignement post-baccalauréat et sont accessibles après un concours d'entrée. Les étudiants ont la possibilité d'obtenir des bourses. Les écoles délivrent des diplômes nationaux comme le DNAP (Diplôme National d'Arts Plastiques) après trois années d'études ou le DNSEP (Diplôme National Supérieur d'Expression Plastique) après cinq années.
Pour avoir des précisions

2) Enseignée dans quatorze universités, la licence d'arts plastiques s'inscrit dans la continuité du DEUG et compte 1792 étudiants en 2002.
Elle comporte au moins 450 heures d'enseignement, dont 350 heures portent sur les domaines suivants : pratique des arts plastiques en ateliers ; formation généraliste en arts ; exercice d'une technique ; approches discursives ; histoire de l'art avec connaissance de l'art contemporain ; esthétique et théorie des arts plastiques ; initiation à une ou plusieurs sciences humaines appliquées aux arts.

3) La remise en cause d'un enseignement de masse pour les matières artistiques, sans réels débouchés professionnels mis à part l'enseignement, est valable pour d'autres disciplines comme la musicologie, la psychologie... Est-ce vraiment raisonnable d'avoir des milliers d'étudiants en faculté de sciences humaines ?

4) Il paraît tout à fait remarquable et significatif que nombre d'artistes, pourtant d'avant-garde, aient néanmoins pris position en faveur d'un enseignement classique :
Matisse ouvre en 1908, boulevard des Invalides à Paris, une académie. Le peintre dispense alors un enseignement des plus traditionnel, prônant à ses élèves la fréquentation assidue des musées tout en leur inculquant le sens de la tradition. Matisse semble même consterné de les voir barbouiller leurs toiles de couleurs criardes et les ramène prestement au dessin d'après l'antique.
"Le plus souvent est qu'ils ne concevaient pas que je fusse désespéré de les voir faire du Matisse. Je compris alors qu'il me fallait choisir entre mon métier de peintre et celui de professeur."
Le très contemporain Pol Bury se montre lui plus catégorique :
"S'il était permis d'être radical, on affirmerait que l'abandon de l'académisme entraîne, par voie de conséquence, l'abandon de l'enseignement des beaux arts. L'académisme, grâce à ses règles strictes, était forcément pédagogique, donc transmissible. Il est contraire à l'essence même de l'avant-garde de se laisser codifier, donc de se transmettre à travers un enseignement."

5) Etre agrégé, docteur ou inspecteur en Arts semble peu légitime. La discipline n'est pas scientifique, ne repose plus sur un savoir-faire particulier et pas davantage sur des critères objectifs. Mais cela n'exclut pas le bon sens de certains diplômés.
"En ma qualité d'enseignant de l'art, j'ai vu défiler dans mes cours des centaines et des centaines d'étudiants. J'ai honte de devoir avouer, qu'au résultat, seuls trois d'entre eux sont aujourd'hui des artistes plus ou moins reconnus, et plus ou moins installés dans le marché de l'art. Les enseignements de l'art ne mènent à rien, économiquement parler, c'est de notoriété publique !..."
Les enseignements de l'art en France par Fred Forest




"
Elle a chaud au cul"
Ou quand la simple farce un peu naïve permet à son auteur
de devenir la très sérieuse et incontournable référence
de certains enseignants et de tout l'art conceptuel !

 

6) L'Education nationale précise que l’enseignement des arts plastiques en collège sera l’objet d’une prochaine réécriture susceptible de souligner sa participation à la formation générale de l’élève. Reste à savoir dans quel sens ira ladite réécriture. Pour en savoir davantage

 



Mais pourquoi donc entrer à l'Ecole des Beaux-Arts ?

9 Janvier 2020 , Rédigé par education-programme

Avec son sourire candide et son rêve de devenir footballeur, Mikail Akar ressemble à n'importe quel garçon de sept ans. Pourtant, ce jeune prodige de l'expressionnisme agite la scène artistique depuis quelques années. Surnommé le "mini Picasso" par les médias allemands, le natif de Cologne vend des tableaux dans le monde entier, pour plusieurs milliers d'euros.
"A seulement sept ans, il s'est déjà fait un nom dans le monde de l'art en Allemagne, en France et bien entendu aux Etats-Unis", se félicite auprès de l'AFP son père et agent, Kerem Akar.
Il dit avoir découvert le don de son fils par hasard, après lui avoir offert une toile et quelques pinceaux pour son quatrième anniversaire.
"Son premier tableau était fantastique, et j'ai d'abord pensé que ma femme l'avait peint, bien qu'elle ne soit pas artiste. J'ai pensé que c'était peut-être une coïncidence, mais après ses deuxième et troisième tableaux, il était clair qu'il avait du talent", se réjouit-il et sa dernière peinture "Gants de boxe" a récemment été vendue 11.000 euros.Ses tableaux aux couleurs explosives rappellent l'expressionnisme abstrait de l'Américain Jackson Pollock, qui fait partie de ses idoles, comme deux autres artistes propulsés très jeunes dans la lumière : Jean-Michel Basquiat et Michael Jackson. Mais l'enfant se targue d'avoir développé son propre style. Il applique des jets de peinture sur la toile souvent muni des gants de boxe de son père. "Peindre est assez fatigant pour moi, parfois cela peut prendre beaucoup de temps... surtout avec des gants de boxe", admet-il.
"Voir un tel équilibre et une telle harmonie de composition, je ne m'y attendais pas de la part d'un enfant", s'exclame Arina Daehnick, photographe berlinoise, lors d'une présentation mi-décembre des oeuvres du petit garçon dans la capitale allemande. Diana Achtzig, directrice de la galerie d'art contemporain Achtzig à Berlin, s'est dite impressionnée par l'imagination et la variation de Mikail Akar qui a un bel avenir devant lui.

Son père assure que sa femme et lui s'efforcent de ne pas mettre la pression sur leur fils et le protègent face à cette gloire soudaine. Si c'est trop pour lui, on interviendra. Nous refusons beaucoup de demandes et il ne peint que quand il le veut : parfois, c'est une fois par semaine, parfois une fois par mois.
Le père admet que sa propre vie a radicalement changé depuis qu'il a découvert le talent de son fils, et que lui et sa femme vivent pour l'art aujourd'hui. Ancien vendeur et chargé de recrutement, Kerem Akar, 38 ans, s'occupe désormais à plein temps des affaires de son fils. Pour cela, il a fondé sa propre agence et a contribué à faire de son fils une marque à succès. En attestent les casquettes de baseball en vente lors de l'événement berlinois, toutes ornées de la signature de Mikail formée des "M" et "A" de son prénom.
Avec plus de 40.000 abonnés sur Instagram, le jeune artiste entend conquérir le monde. Après Cologne, il exposera à Paris, au printemps 2020.

 

Mikail Akar - Les études aux Beaux-Arts ne mènent plus à rien, c'est de notoriété publique, la preuve ?
Finalement quoi d'étonnant pour un gamin de peindre à la façon de Basquiat ou des abstraits ?
C'eût été des plus improbable de s'exprimer comme Gérôme ou les Pompiers.

Paul-François Quinsac - La Fortune passe

QUE FAIRE DES MILLIERS DE DIPLÔMÉS SORTANT CHAQUE ANNÉE DES ÉCOLES DES BEAUX-ARTS EN FRANCE ?
Par Nicole Esterolle

Ils en sortent hagards, désemparés, totalement lobotomisés et désocialisés, avec parfois un look étrange, ravagés de l’extérieur autant que de l’intérieur. Alors qu’en faire ?

Voici quelques informations permettant de mesurer la gravité de la situation en cet univers clos où les pires tortures du sens sont permises et recommandées au nom d’un pédagogisme effréné.
D’abord une image pathétique : celles des travaux des diplômés de L’Ecole des Beaux arts de Clermont-Ferrand, réunis à l’occasion de l’émouvante cérémonie de remise des diplômes aux élèves avant cruelle dispersion de ceux-ci dans la nature.
Ensuite deux témoignages, celui de Jean-Marc Bustamante et d’un élève des Beaux-Arts de Paris.

Jean-Marc Bustamante, ex- directeur de l’ENSBA-Paris, avait déclaré que son école ne servait à rien et qu’il fallait cent élèves pour faire un vrai artiste et ceci d’autant plus qu’un vrai artiste selon Mr Bustamante est sans doute autre chose qu’un artiste dans l’acception courante du mot, quand on sait que cet ex-artiste, avant d’être directeur de l’école et par la suite académicien, s’est fait virer à cause de son son indifférence à l’égard des affaires de harcèlement sexuel et moral dénoncés par des étudiants de son établissement…
A cause aussi du soutien que lui avait apporté Alberto Sorbelli, artiste conceptuel qu’il avait invité pour un colloque à l’école en juin 2016 et qui traitait les étudiants de "médiocre petit soldat nazi-catho", prônant aussi l’enculage quotidien des disciples qui trouveront ainsi les connaissances nécessaires, recommandant pour les étudiantes le même traitement "uniquement pour éviter la perte de temps de la grossesse et de l’enfantement" et en concluant que "les étudiants en arts doivent être violés sexuellement toutes les semaines par n’importe qui, profs compris".

Vous commencez alors à comprendre comment ça marche le harcèlement sous alibi pédagogique pratiqué par certains enseignants sans idée autre que celle de l’ordre du pervers narcissisme duchampien. Et comment la fameuse expo bordelaise "Présumés innocents" pouvait s’intégrer dans l'esprit ambiant du Consentement de l'écrivaine Springora…

Un témoignage encore et toujours d'actualité :

Monsieur,

Je vous ecris de Pologne alors je n ai pas d accents sur le clavier.
J ai 29 ans, a 20 ans je suis rentre aux Beaux Arts de Paris, et je m interroge sur la valeur des etudes artistiques aujourd hui. Comment est-ce possible que pendant toutes mes annees de college-lycee en France, mes professeurs m aient si peu appris ?
Ils nous faisaient faire des "arts plastiques", alors que la capacite a dessiner ne sert pas seulement a ceux qui veulent faire les Beaux Arts, mais aussi a tout ceux qui s orientent vers les arts appliques, du design, de l architecture, de la botanique... Ils se comportaient avec nous comme des artistes et non pas comme des professeurs...

L Education Nationale n a pas fait son devoir.

Ensuite, j ai ete admis a l Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris. Cette ecole a pour but de faire faire de l art a des jeunes gens qui viennent a peine d y rentrer et la majorite peine a trouver un sens a sa propre passion. Avec la disparition de l academisme il y a un enorme vide, du a l absence du sujet, de l apprentissage, et donc a un grand manque d habilite "technique". Les grands artistes modernes ont, pour la plupart, fait evoluer leur vision du monde de leurs acquis academiques vers des visions nouvelles mais ils n ont jamais cru que ces acquis etaient inutiles, c etait la base de leur connaissances. Si on veut peindre comme Picasso il ne faut pas etudier Picasso, mais dabord etudier ce que Picasso etudiait. Il y a trop d eleves qui passent ces etudes en pure perte sans avoir pu developper aucun atout particulier.
On sait pourtant que la concurrence dans le marche de l art est feroce a la sortie de l Ecole. Alors pourquoi des etudes si desinvoltes ?
Pour regagner ses lettres de noblesse cette institution doit redonner a ses eleves un niveau de dessin et d expression qui les rendent non seulement apte pour une future carriere artistique, mais aussi pour tous les autres domaines, du design, de l infographie, de l architecture, de la decoration...

Je propose d inverser la prevalence des ateliers artistiques sur les ateliers techniques, pour arreter de mettre la pression sur les eleves - de faire tout de suite quelque chose d eminemment artistique sans en trouver ni sens, ni debouche.

Travaux des diplômés de L’Ecole des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand, réunis à l’occasion de l’émouvante cérémonie...

Une jeune diplômée, avec félicitations du jury,  pour une œuvre où elle s’est elle-même incluse

C'était comment avant ?

La tradition demeurait forte dans les ateliers, souvent même proche du folklore. L'étudiant, qu'on appelait aussi le rapin, devait obéissance et respect aux anciens sous peine, entre autre, de "broche au cul".
Cette peine s'appliquait de deux manières : on asseyait le bonhomme par terre, on lui passait un manche à balai entre les jambes puis on le hissait sur un tabouret pour lui déboutonner sa culotte et lui passer entre les cuisses une barre de fer peinte avec du vert mignon : un camarade imitait le bruit de la chair grésillante. Le rapin éprouvait alors la sensation d'une vive brûlure, ce qui faisait beaucoup rire ses camarades. Autrement, le patient devait faire un discours et chanter une chanson la plus paillarde possible.
Ce folklore perdurera jusqu'au XXème siècle, n'excluant ni l'imagination, ni l'humour, ni la virulence.

Si l'organisation sociale de l'atelier conservait quelque chose de  la structure hiérarchique des corporations, l'apprentissage n'en avait pas moins subi quelques mutations, mutations liées déjà à la position dominante occupée par l'école des Beaux-Arts qui déterminait les formes de l'enseignement artistique, non seulement à Paris, mais aussi dans la France, voire le monde entier...

L'enseignement des Arts, Fin de Siècle et dans les années soixante-dix


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