CERTAINES INSTITUTIONS ONT- ELLES ENCORE UN AVENIR ?
 

Ces fonds régionaux d’Art Contemporain, créés à partir de 1982, pour suivre la décentralisation mise en place par le gouvernement, vont se trouver inéluctablement confrontés aux problèmes d’espace, d’achat et de conservation des oeuvres (1).
Conformément à leurs statuts, ces institutions publiques ont acquis des oeuvres représentatives des courants significatifs, ou du moins considérés comme tels, de l’Art Contemporain. Ainsi, les collections comportent une part très importante d’oeuvres minimalistes et conceptuelles ou inscrites dans la postérité de ces tendances, avec une peinture figurative remarquablement et systématiquement absente.

Très souvent ces recherches conceptuelles, concrétisées par des « installations », affectionnent les compositions à base de matériaux et objets de récupération et elles n’ont guère de soucis quant à leur durabilité puisqu’elles peuvent être constituées de papier, de végétaux, de chiffons (2)...
En outre, on observe que certaines présentent l’inconvénient d’être à la fois encombrantes et d’une manipulation délicate. Le transfert de ces créations se trouve en conséquence malaisé et le volume non négligeable qu’elles occupent rend les espaces d’expositions et de réserves, mis à la disposition par les Régions, déjà proche de la saturation.
Ces constatations appellent plusieurs remarques en contradiction avec les deux objectifs fondamentaux fixés par le Ministère de la Culture pour les FRAC, à savoir : l’acquisition et la diffusion des oeuvres auprès du grand public ?
- L’acquisition des oeuvres, faute de moyens et d’espaces se raréfie. Il faut gérer la collection, les directeurs devenant de fait des conservateurs. L’essentiel du budget étant désormais réservé au fonctionnement.
- La diffusion dans différents lieux, par la nature même des oeuvres, est coûteuse, souvent compliquée, et surtout ne touche qu’un public pour le moins restreint.
- La conservation s’avère aléatoire, ce qui paraît ennuyeux lorsque l'on a pour ambition de constituer un patrimoine.

Les fonds régionaux sont gérés par des associations loi 1901 dont les buts (acquisition-diffusion) s’avèrent donc de plus en plus difficiles à respecter. Aussi, se trouvant à terme dans l’incapacité d’atteindre leurs objectifs, il semble nécessaire et logique d’envisager la dissolution pure et simple de ces associations et par voie de conséquence de prévoir la disparition des FRAC.
 

                       
  Boltanski, Frac Nord-Pas-de-Calais                             Anselmo, musée national d'Art moderne

Quel avenir pour les collections ?
Dans le cas de dissolution volontaire ou statutaire de l’association de gestion, un ou plusieurs liquidateurs sont nommés.
Conformément à la loi, l’actif net : « la collection », est dévolu soit à une autre association poursuivant des buts similaires, soit à un organisme public ou parapublic comme un musée. Peut-être est-il alors possible pour ce musée de remettre sur le marché de l’Art une partie des oeuvres contemporaines acquises par les FRAC, ce qui serait une première et intéressante remise en cause des valeurs, même si en l’occurrence elle n’est que matérielle. De telles ventes, dans la mesure où elles auraient effectivement lieu, confirmeraient également de manière tangible le bien-fondé des achats.
Cependant, on peut craindre semble-t-il avec raison, que la cote de ces acquisitions ne soit orientée qu’à la baisse et qu’autrement dit le gaspillage de l’argent public soit bel et bien avéré et que la seule et authentique question à venir soit :
Mais comment l'administration en est-elle arrivée à acheter tout cela ?

Les collections des FRAC
Ces collections participent d'un même principe et se ressemblent donc toute, quelque soit la Région avec une influence nord-américaine omnipotente.
Elles sont disparates, n'ont pas de réel fil conducteur et guère de sens. Le plus dommageable étant encore que celles-ci constituent une véritable atteinte à la démocratie la plus élémentaire. Les achats, sur fonds publics, sont décidés arbitrairement par quelques personnes à partir d'une liste réduite d'artistes représentatifs de l'influence du moment, pour être ensuite imposés à tous.
Le public, considéré sans doute comme mineur, n'est jamais consulté et peu importe si les lieux d'exposition ne sont pas fréquentés, l'essentiel étant pour la Région de montrer son ouverture à l'Art, fut-ce de manière caricaturale et impersonnelle.
 

                               
   
 Paul A. Gette, Plage 1972, FRAC  Bretagne                          Maurizio Nannucci, Installation néon

A l'occasion de son installation dans de nouveaux locaux à Dunkerque, fin 1996, le FRAC Nord-Pas-de-Calais inaugure une sculpture néon de Maurizio Nannucci installée sur son bâtiment et intitulée : Provisoire & Définitif.

1996 - 2018 - Rapporté par Nicole Esterolle
Voici quelques récentes acquisitions du FRAC Normandie, avant sa fermeture imminente, pour cause de pénurie de subventionnement de la part d’un Etat dont les caisses sont de plus en plus désespérément vides.
L’œuvre avec pot de fleur renversé est celle que je préfère car elle est très symbolique d’un discours capable d’imposer en tant qu’art une telle évidente stupidité.
Ces derniers achats sont donc à considérer comme la dernière fanfaronnade d’un système perfusé depuis quarante ans par l’argent public et se trouvant aujourd’hui à la fin d’un processus…
Cet appareil bureaucratique sait très bien que les œuvres qu’il achète et a achetées, sont à 80 % vides de tout contenu artistique et seulement portées par le discours.

Voici donc cinq décisions d’achat exemplaires, qui ont été prises lors du comité technique d’achat du 16 juillet 2018.
- Notons que les prix attribués se veulent à la mesure du niveau d’exigence et de compétence que prétendent avoir les experts de ce comité.
- Notons que pour la plupart, elles ont été achetées à des galeries « spécialisées »
- Notons que les propositions d’acquisition proviennent presque toutes de la Directrice du FRAC, qui connaît parfaitement les réseaux propres à l'art contemporain. Le reste du comité semblant n’être là que pour entériner ses décisions.
- Notons enfin les noms des membres du comité technique présents le 16 juillet avec, parmi eux, une  assistante scientifique ?

Mme Véronique SOUBEN, Directrice du Frac Normandie Rouen
Mme Kathleen RAHN, Directrice du Kunstverein, Hanovre, Allemagne
Mme Audrey ILLOUZ, Critique d’art, commissaire d’exposition
M. Ludovic BUREL, Artiste, commissaire d’exposition, éditeur
Membre avec voix consultative :
M. Jérôme FELIN, Conseiller Arts Plastiques à la Drac Normandie
Secrétaire de séance :
Mme Christine MORICE, Responsable de l’administration au Frac Normandie
Y assistait Mme Coralie DUPINET, assistante scientifique au Frac Normandie

Et voici quelques-unes de œuvres achetées :

Anne Collier
"Questions (Viewpoint), 2011 C-print 66 x 52 cm encadré, édition de 5 n°3
Prix : 24 000 dollars - Galerie Anton Kern, New -York - Proposition d’achat de Véronique Souben

Katinka Bock
"Some", 2015 sculpture céramique, bois, sangle - Prix : 9 000 euros

Diogo Pimentao
Relate 2018 - Papier et graphite Sculpture - Prix 2500 €

Mac Adams
"Circumstantial Evidence", 2016 installation structure en bois, photo encadrée, plante, chaise
8 800 euros - Galerie GB Agency, Paris - Proposition de Véronique Souben

Ulla Von Brandenbourg
"Falten & Körper, Fisch", 2017 – installation -tissu, chlore, bois
16 000 euros - Galerie Art Concept, Paris - Proposition de Véronique Souben

L’ensemble des collections des FRAC contient, après bientôt 40 ans d’existence, des milliers d’œuvres, dont une majorité, 70% environ, volumineuses, biscornues, contondantes et cependant de constitution fragile.
Ces œuvres exigent donc pour leur protection et transport un effort de fabrication et gestion d’autant de caisses en bois de sapin, constituant la partie centrale du travail du personnel de ces institutions.
C’est ainsi que l’empaquetage - physique de l’œuvre prend autant d’ importance que son emballage - discursif ! Et c’est ainsi que dans ce milieu où le discours sur l’art remplace l’art, où le contenant prime sur l’éventuel et non-nécessaire contenu, que la caisse devient un sujet à part entière pour les personnels, à tous les niveaux de la hiérarchie.
C’est dire aussi que toute exposition de FRAC ne doit être considérée que comme la partie émergée d’un gigantesque stockage sous-jacent. C’est dire aussi l'étonnement à venir quand on aura compris que ces oeuvres ne sont souvent que le produit d’un délire de fonctionnaires et de critiques sous influence nord-américaine. N. Esterolle

Caisses des entrepôts du FRAC - PACA


1) La loi de décentralisation initiée par Gaston Defferre, en 1982, a vu la mise en place progressive des FRAC, qui sont cogérés par l'Etat et les régions. Depuis leur création et jusqu'en 1996, ont été dépensés en acquisitions et en fonctionnement : 454,5 MF pour 10 000 oeuvres acquises par les 23 FRAC - sont privilégiés les achats de créations conceptuelles et utilisant l'objet.
Outre les FRAC, il existe également le Fonds National d'Art Contemporain, 21 Centres d'Art, des musées et des associations subventionnés d'Art Contemporain. Tous ces organismes exposent le même type de créations (Arts Info - Juillet 1995).
 

2) L'idée n'est pas nouvelle. Dès 1945, Antoni Tapiès travaille avec des matériaux pauvres comme des vieux cartons, des bouts de cordes....
Joseph Beuys (1921-1986) réalise ses collages à base de feutre, de sucre, de bois... sans oublier ses installations où les blocs de graisse jouent un rôle essentiel. Ces concepts influencent toujours une partie de l'art actuel.
 

L'ANNIVERSAIRE DES FRAC OU LE FRIC-FRAC DE LA CULTURE
par Michel de Poncins

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