De tout temps l'homme a aimé contempler un joli corps de femme, avec ou sans artifices.

Quoi de plus naturel en somme que de se le représenter en peinture

et l'artiste du XIXème siècle s'impose comme un incontestable spécialiste du genre.

Le peintre aura toujours l'avantage sur le photographe de pouvoir regarder deux fois son modèle,

de l'observer en nature et en train de se faire.

Une autre grande différence, en dehors bien entendu de la simple retouche,

le peintre en fonction de son adresse pourra idéaliser sans réserve son sujet avec toute la fantaisie qu'il souhaite.

 

Hugues Merle, Automne 1872 et Jules-Joseph Lefebvre, photogavure 1872.

La longue chevelure de la femme constitue pour la plupart des hommes un attrait. Portée libre plutôt que disciplinée, naturelle plutôt que bien mise en forme, elle se révèle comme un signe ostentatoire d'émancipation et du désir de plaire. Associée au peignoir transparent, si prisé par les peintres durant tout le XIXème siècle, la chevelure brune, blonde ou rousse, qui descend jusqu'aux bas des reins, devient alors véritablement proche de la licence.
Marie-Madeleine, dans l'iconographie baroque, est représentée les cheveux longs et détachés, preuve d'abandon à Dieu, plus encore que rappel de son ancienne condition de pécheresse. La notion de séduction liée à la chevelure féminine est à rapprocher de la tradition chrétienne, selon laquelle une femme ne doit entrer dans une église la tête découverte : ce serait prétendre à une liberté non seulement de droit, mais de mœurs. Autres pays, autres coutumes, en Russie la natte unique n'est portée que par les jeunes filles : elle est signe de virginité ; mariée, la femme porte deux nattes.

Les nymphes ou, plus prosaïquement, les modèles ont alors remplacé les Madeleines repentantes. Ces divinités présentent l'énorme avantage de permettre bien plus de fantaisie : dans la pose, l'accessoire, le décor. Néanmoins la place réservée à la coiffure, souvent abondante, n'est pas pour autant négligée ; ne trouve-t-on pas les jeunes filles peintes par Jules Lefebvre, grand Maître du genre, parées de couronnes de fleurs.
D'ailleurs la
femme, à l'aube de la révolution des années folles, n'a pratiquement jamais porté ses cheveux courts, sauf peut-être durant les périodes de pénitence interdisant les artifices de la séduction. Les pénitents, des deux sexes, étaient alors encouragés à couper leurs cheveux. La tonte, cheveux ras, de certains coupables, hommes ou femmes, est une suite de ce symbolisme très ancien initié par les Égyptiennes qui sacrifiaient déjà leur chevelure aux dieux-fleuves.
 

 


Vénus callipyge et cheveux longs, Paul Merwart (1855 -1902), peintre de la Marine,
décédé à Saint-Pierre de la Martinique le 8 mai, lors de l'éruption de la Montagne Pelée.

Mais qui se souvient encore des jeunes filles en fleurs de Jules Lefebvre (1836 -1911),
le peintre académique couvert d'honneur, officier et même commandeur de la Légion d'Honneur,
membre de la toute puissante Académie des Beaux-Arts et professeur de la renommée Académie Julian.