Le Panorama-Salon de 1900 comprend 6 revues (96 pages) sur le salon des Artistes français, place de Breteuil
et 4 livraisons sur les Beaux-Arts à l'Exposition Universelle.
Quatre revues, près de la moitié, sont consacrées au Nu, c'est-à-dire essentiellement au culte de la femme.
Thème porteur et commercial s'il en est ; il faut dire qu'à l'époque,
seules, ces représentations permettaient de contempler de belles anatomies sans tomber dans la licence.


 

A.Faugeron, La toilette

Les artistes lassés par la mythologie et les allégories n'ont d'autres ressources, pour peindre un corps de femme nu, que de pénétrer indiscrètement dans le cabinet de toilette.
Ils ont parfois le bonheur de Mr Faugeron. Il est rare de trouver, en effet, une harmonie de forme aussi parfaite, de surprendre, confiante en sa solitude, une telle beauté.
Et nous avons pour cette jeune femme, en pêché de coquetterie, l'admiration qu'elle a pour elle-même, pour les secrets dévoilés.


 

Mlle J.Borde-Guyon, Après le bain, pastel

Dans l'intimité du cabinet de toilette, la femme laisse, confiante, s'épanouir sa beauté et il y a dans son regard une joie orgueilleuse à constater cette jeunesse et cette fraîcheur de l'épiderme encore assoupli par le bain.
Mais il faut surtout louer en cette oeuvre, la savante distribution de la lumière qui donne la coloration chaude du dos, modèle délicatement le visage et jette quelques taches claires dans la pénombre.


 Delphin Enjolras, Etude, pastel

C'est, en la fleur du pastel, un épanouissement de la chair qu'anime le rythme paisible du sommeil.
Dans l'orgueil de leur beauté, les formes se développent avec une grâce puissante et, sur l'oreillé sombre que leur fait la chevelure dénouée, s'enlève une blancheur de fleur savoureuse.
La lumière s'atténue pour venir glisser en une lente caresse sur l'épaule découverte et envelopper de mystère cette figure endormie.
 


 

A.Chabellard, Printemps

Pour chanter le printemps, les artistes n'ont pas trouvé mieux que de célébrer la beauté de la femme épanouie sous les caresses et la tiédeur d'un jour d'avril.
Et toujours, depuis l'antiquité, on a rêvé dans la douceur du printemps, de nymphes errant sous les bois, qui se paraient de fleurs et accrochaient dans leur chevelure un peu de soleil.


Le Panorama-Salon de 1898 comprend 10 livraisons qui paraissent hebdomadairement.
Il reproduit les oeuvres les plus marquantes exposées au Champs-de-Mars.
Quatre livraisons sont spécifiquement consacrées au Nu.

Le Nu, l'art de la séduction ? Faut-il se méfier de la séduction ?

La séduction se caractérise par l'attrait de l'apparence et par une certaine immédiateté frivole. Lorsqu'on évoque le Nu on pense machinalement à la séduction physique, au sens propre du terme.
Mais que l'on ne s'y trompe pas, les nombreux nus peints avec virtuosité de la seconde moitié du XIXème siècle ne sont pas tous, pour autant, dépourvus de dimension spirituelle, et la seule beauté, à bien des égards, vaut bien le dogme du laid des Demoiselles d'Avignon ou des Dos nus de Lüpertz.
 


 

F.Brillaud, Libellule

Osera-t-on reprocher à nos peintres de ne chercher à varier leurs sujets ?
Ce que l'on veut aimer en leurs oeuvres, c'est la beauté de la femme, la perfection de son corps nu, c'est cette harmonie des lignes, cette séduction de la chair qui sont le chef-d'oeuvre de la nature.
L'artiste est bien grand lorsqu'il sait éterniser sur une toile un peu de vie et de beauté. Qu'elle soit déesse, nymphe, mortelle, peu importe ; ce qu'on ne saurait lui pardonner c'est que, étant femme, elle ne sût nous plaire.


 

D.A.Tixier, Suzanne

Suzanne fut chaste et c'est à cette pudeur qu'elle doit son immortalité ; il n'est pourtant pas de femme qu'on ait plus déshabillée, et sa beauté n'a cessé de se dévoiler devant les siècles jusqu'en ses plus intimes secrets.
Un artiste est-il satisfait d'un dos jeune et largement modelé, d'un bon morceau de peinture ?
Il pense à la belle juive qui tenta la cupidité des deux vieillards, à cet admirable modèle qui ne porte d'autre vêtement qu'une parure de perles dans les cheveux.
Est-ce là, la postérité que Suzanne enviait vraiment ?


 

S.Rodriguez-Etchart, Après la pose

Sachons gré a l'artiste qui célèbre la beauté en s'efforçant de modeler dans la pâte un corps nu.
Peu importe le sujet.
Que, devant les formes dévoilées d'une belle fille sur qui glisse une lumière franche, le peintre cherche à surprendre le secret de la vie, ce frisson qui anime la chair pétrie avec amour par la nature, et il aura fait une oeuvre utile en entretenant en nous le vrai culte de la beauté.


Adolphe Binet, Marie-Madeleine

La Madeleine moderne vient chercher le cadavre du nouveau Christ, du Christ des guerres civiles.
S'il est vrai que toute vérité d'amour et de paix s'expie par la mort de celui qui l'a apportée aux hommes, il n'en est pas moins reconnu qu'aucun des apôtres d'une foi nouvelle et digne de vivre n'a eu sur ses mains du sang humain.
Le monde appartiendra aux pacifiques, non à ceux qui font de la fraternité un thème à déclamation, mais à ceux qui pratiquent la vraie charité, qui est d'aimer son prochain autrement qu'à coups de fusils.

Marc-Verat@wanadoo.fr
 http://perso.wanadoo.fr/verat