QUELLE POSITION ADOPTER FACE A L’ART CONCEPTUEL
 

L’art contemporain a aboli la frontière entre les genres et le vocable « artiste plasticien » désigne tout aussi bien celui qui se livre à des installations et des happenings, proches du domaine théâtral, que l’artiste qui plus prosaïquement sculpte ou même peint. Or, si à différentes périodes de l’histoire de l’art l’équilibre règle-liberté a semblé incertain, c’est surtout la fin du XXème siècle qui consacra la liberté et l’innovation à travers la reconnaissance officielle de l’art conceptuel et minimaliste (1).

En France, comme on le verra dans le chapitre suivant, le Ministère de la Culture par l’intermédiaire de ses Directions régionales et de ses fonctionnaires (2) a choisi, apparemment sans souci d’éclectisme, d’encourager par d’importantes commandes publiques, les courants essentiellement représentatifs des tendances conceptuelles et minimalistes. Pourtant, il est parfaitement établi que les acquisitions d’oeuvres non soumises à la réalité tangible du marché peuvent soutenir artificiellement telle ou telle forme de création plastique, privilégier par exemple la résurgence du « ready-made » et ignorer totalement l’image peinte. Cet état de fait a sans doute même été facilité par l’indifférence du grand public guère concerné par ce type d’art. Il a permis aussi à un petit nombre de personnes d’imposer arbitrairement leurs vues, leurs goûts et d’engager des fonds publics, parfois importants, sans grand risque de contestation.

L’art contemporain « classique », dont le dessein n’est ni l’abstraction ni l’avant-garde, n’est pourtant pas un non sens si l’on s’en réfère à l’étymologie propre du mot contemporain. On peut parfaitement concevoir qu’un artiste ait comme souci de ne pas privilégier le contenu au détriment de la forme, le signifié par rapport au signifiant et réciproquement. Il peut souhaiter, comme pour les oeuvres du passé, que son art reste clairement lisible et accessible. De la même manière, pour certains, renier systématiquement l’importance de l’esthétique ou le message de l’oeuvre ne constitue plus forcément un gage de nouveauté et ne semble plus pouvoir agir comme une motivation supplémentaire et efficace.

Pour ces raisons, une réhabilitation de la peinture pouvant utiliser des moyens conventionnels, sans pour autant forcément puiser son inspiration dans l’imitation de notre environnement, peut parfaitement se comprendre et se justifier. Une peinture « porteuse de sens » conserve intact son intérêt, même si quelques Commissaires-Critiques, toujours soucieux de modernité, confondent et dévalorisent sciemment toute création prenant pour base un médium à leur goût bien trop populaire.

Cette nouvelle appréhension des arts plastiques trouvera certainement sa pleine expression dans la création d’un monde différent de celui des oeuvres du passé, elle aura sa propre identité capable de transmettre du rêve, des idées, des émotions... Quoi qu'il en soit, cette forme d’expression, plus claire que la nature confidentielle des avant-gardes et donc plus proche du public, aurait l'avantage de gagner en dimension sociale ; dimension d'importance, non négligeable, et trop souvent absente dans un art contemporain finalement destiné qu'à quelques personnes.
De cette façon, cette création contemporaine en redonnant sa vraie place à la peinture, en n’ayant plus peur de la figuration, de la diversité, ne pourrait semble-t-il que gagner en estime et en audience, ce dont tireraient sans doute également profit les tendances les plus extrêmes de l'art conceptuel d’aujourd’hui.

 


1) Art Conceptuel : Mouvement New-Yorkais fondé en 1967 en réaction contre le pop-art et l'esthétique minimaliste. L'idée purement intellectuelle prend le pas sur l'oeuvre qui n'est plus constituée que de témoignages ou de textes.

2) Le rôle de Paul Parsy, fonctionnaire au Ministère de la Culture, semble significatif. Chargé de mission en 1993 pour les Centres d'Art, il était sous le précédent Ministère responsable des collections contemporaines, au musée National d'Art Moderne. Paul Parsy a organisé récemment l'exposition de Bertrand Lavier qui, à l'instar de Duchamp, prend des objets manufacturés et les proclame oeuvres d'art. Une de ses superpositions, un réfrigérateur sur un coffre fort, a été acquise comme il se doit par une institution publique : la Caisse des Dépôts et Consignations.

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