VERS UN AUTRE CRÉDIT ET DE NOUVELLES PERSPECTIVES ?
 

L'académisme de la peinture classique est un académisme du « signifiant » (1). D'ordinaire, les portraits, paysages, scènes diverses... sont traités de la façon la plus réaliste possible, en respectant les conventions, les acquis et la tradition. L'évolution dans la manière et dans la perception des choses paraît lente et sans rupture. 

Au contraire, avec l'art moderne apparaissent de nombreux mouvements, parfois brefs, parfois en opposition, qui remettent en cause les règles et bouleversent les habitudes. Par ailleurs, la vulgarisation simultanée de la photographie accentue encore davantage la remise en question de la représentation figurative, puisqu'à travers ce moyen mécanique celle-ci devient presque parfaite et, surtout, à la portée de tous. 

Dans l'art contemporain ou reconnu comme tel, l'académisme du « signifiant » disparaît au profit d'un académisme de substitution, le « signifié ». Au réalisme du sujet de la peinture classique qui respecte les formes, l'expression contemporaine oppose en quelque sorte l'abstraction et l'hermétisme de son langage. L'objectif avoué de l'art contemporain est d'innover dans la plus totale liberté. Pour conserver sa raison d'être, la « peinture » d'avant-garde doit constamment se renouveler en créant de multiples formes d'expression et d'expérimentation qui, parfois même, en arrivent à négliger toutes considérations d'ordre esthétique.

De cette manière, la représentation et la signification de l'image se sont trouvées progressivement mises à l'écart des nombreuses expositions dites « d'art contemporain » qui, en France, sont encouragées par le Ministère de la Culture. (2)

Pourtant, en montrant depuis plusieurs décennies qu'il a parfaitement assimilé les préceptes du duo Duchamp - Malévitch, il semble acquis que l'art ne peut plus prétendre au qualificatif « contemporain », uniquement en privilégiant le concept et la valeur des mots sur le sens proprement visuel de l'œuvre. 

Désormais et pour s'inscrire dans la logique de l'histoire de l'art où rien n'est jamais définitivement arrêté, il est sûrement possible de concevoir dans un avenir plus ou moins proche que la peinture retrouvera crédit auprès de la critique et des pouvoirs publics. Alors, au contraire de ce qui se passe aujourd'hui, la démarche créative ne sera pas purement intellectuelle ou conceptuelle avec comme but l'ignorance presque systématique de cette peinture, mais pourra devenir une synthèse de la représentativité avec sa propre modernité, reposant sur le pouvoir naturel de communication de l'image. 

Aussi après un XXème siècle d'art moderne avec ses tendances diverses, qui ont exploré toutes les formes d'expression, y compris les plus extrêmes, un retour vers un art réhabilitant des procédés conventionnels ouvrirait paradoxalement de nouvelles perspectives. En tout état de cause, cet art contemporain qui ne négligerait plus systématiquement la lisibilité de la peinture serait déjà le signe d'une ouverture, d'une plus grande objectivité et, finalement, d'une plus grande démocratie de la part des institutions. (3)

 


1) Signifiant : qui est chargé de sens. Manifestation matérielle du signe par opposition au signifié dont elle est le support. Dans le texte : signifiant égal concret.

2) Les réactions aux absurdités du système de reconnaissance actuel ne sont plus exceptionnelles pour preuve : "Dès lors, s'il sait dessiner, il possède un atout majeur : il peut faire parler savamment son imagination et sa sensibilité. Il peut aussi aller directement acheter des pommes, les tronçonner dans l'atelier d'une école d'art, en disposer les morceaux sur le gazon qu'il a fait pousser sur le plancher en vue d'élever une poule, l'ensemble constituant son sujet de "post-diplôme" d'art contemporain !" Authentique, Nantes 1992, rapporté par P. Rivière.
"Vous n'avez pas le droit de vous étonner de ce qu'on vous montre. Sinon, vous êtes le bourgeois qui riait de Manet. Si quand même on tente d'exercer sa liberté de jugement, l'évidence nous impose de constater que notre époque pour ne pas refuser l'art au nom du passé, tombe dans un autre panneau académique : celui de tout accepter du moment que c'est en rupture et nouveau, même si cela revient à nous moquer de nous-mêmes." JP Domecq.

3) Le permanent affrontement entre l’ordre établi et de désordre créatif, entre la stabilité et le mouvement, a toujours été, somme toute, productif et rassurant, car chacun y avait des repères simples...
L’académisme d’aujourd’hui est beaucoup plus compliqué, car il vient d’opérer en quelques décennies un extraordinaire retournement de veste, qui lui permet d’apparaître, sans rien avoir changé au fond, comme l’exact inverse de ce qu’il était dans la forme. L’anti - académisme s’est donc globalement installé comme nouvel académisme et a imposé la transgression systématique de la règle comme nouvelle règle. Tout cela en stricte application du syllogisme suivant : la création est par nature trangressive ; soyons donc transgressifs et nous serons créateurs.
Le résultat est que tout ça semble ne plus avoir ni queue ni tête, ni haut ni bas, ni dedans ni dehors, qu’on n’y comprend plus rien dans la mesure où les évidences immédiates, les ancrages sensibles, la dimension spirituelle de l’art sont abandonnés au profit du fonctionnement aléatoire de puissants systèmes confusément enchevêtrés ; dans la mesure où le mystère, la poésie et la transcendance sont évacués pour une instrumentalisation de l’art dont les enjeux n’ont plus rien d’artistiques...

Art officiel : un anti-académisme communicationnel en diable
Par Pierre Souchaud

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