QUELLE POSITION ADOPTER :
PRIVILEGIER LA LIBERTE, LE RESPECT DES REGLES...
 

A différentes périodes de l’histoire de l’art l’équilibre s’est déjà rompu et on a gratifié soit l’enthousiasme c’est-à-dire la liberté, soit les règles, en n’hésitant pas à en établir de fondamentales qui font autorité et qu’il est préférable de suivre. Ainsi, la période médiévale fut un excellent exemple de recrudescence de l’imitation en art et notamment en ce qui concerne la poésie qui devint très rigide et extrêmement codifiée.

Dans la tradition moyenâgeuse, la peinture ainsi que la poésie sont davantage considérées comme des sciences plutôt que comme des arts au sens actuel du terme. Le mot art vient du grec « techné » qui désigne la technique, son sens antique se trouve finalement respecté dans l'appréciation médiévale.
La poésie et la peinture (1) s’enseignent et se pratiquent donc comme des techniques, en suivant des règles précises et codifiées. Les modèles font autorité. Les artistes de cette époque ont pour but essentiel de transmettre et de respecter la tradition, de reproduire un idéal le plus parfaitement possible. Le métier de peintre se rapproche en somme de l’artisanat avec ses contraintes et ses codes. L’élève doit, dans sa création, suivre les directives du maître sans les dépasser ni les interpréter. La démarche reste confinée dans le cadre strict de l’imitation dans laquelle la passion, l’inspiration et l’enthousiasme, c’est-à-dire ce qui constitue l’essence même de la création artistique, n’ont encore aucune place.
L’art du Moyen Age se trouve donc cantonné, quelque soit le domaine, à un style unique exempt d’originalité notable.

La Renaissance verra la fin de la « théorie » de l’imitation et l’avènement de l’artiste considéré comme un auteur original, à part entière. C’est d’ailleurs à ce moment qu’apparaissent les signatures dans les oeuvres ; commenceront aussi les critiques contre l’imitation et la tradition, dans un certain respect toutefois des modèles classiques puisque cette période puise sa source, en particulier pour l’architecture et la sculpture, dans l’antiquité grecque et romaine.

Bien plus tard se produit une seconde rupture. Avec la philosophie du « Sturm und Drang » du XVIIIe siècle, les critères de référence deviennent plus actuels, parfois radicalement différents et même en opposition à ceux jusqu'alors admis. Ce mouvement pré-romantique préconise en effet un retour à la nature avec un rejet de tout ce qui peut imposer des limites, et en premier lieu, il refuse les règles contraignantes qui ne font que freiner l’inspiration. En d’autres termes, pour ce courant la règle serait de ne suivre aucune règle sauf celle de sa propre nature.
Ainsi l’artiste ou l’auteur doit se laisser guider, non par la raison qui lui dicte des règles ou des lois plus ou moins établies, mais par sa sensibilité personnelle, son instinct créateur et ses émotions. On rejoint de ce fait sur certains points les préoccupations futures du « Blaue Reiter », de l’abstraction naissante et, dans un ordre plus global, déjà l’esprit contestataire de Mai 68 où il était interdit d’interdire.

Un autre élément notable et nouveau est introduit dans la théorie du « Sturm und Drang », celui de l’originalité qui provient de la personnalité même de la création, cette dernière devant en outre être sincère et exprimer obligatoirement une forme d’inédit et d’innovation.
Ce mouvement s’élève donc contre les contraintes, les règles classiques, en prônant la conquête de la liberté dans son sens plein.
Cette ferme volonté de rejeter quasi systématiquement les anciens critères prend la forme d’une rébellion, d’une sorte de crise de jeunesse et dès lors, on peut tout naturellement considérer le « Sturm und Drang » comme précurseur d'un nouvel état d'esprit et de la modernité à venir.

 


1) Au Moyen-Age, l'oeuvre d'art s'établit dans un contrat d'ordre artisanal et commercial. Son prix se définit en rapport des matières utilisées - bois, or, couleurs - et du temps passé à la réaliser. Lorenzo Ghiberti, en 1407, signe un contrat où est stipulé que : "Le Maître doit travailler personnellement tous les jours ouvrables comme tout salarié, et les journées d'absence seront déduites de son traitement " . A la Renaissance, va s'ajouter à la valeur de l'oeuvre réalisée, un supplément d'âme. La signature de l'artiste entreprend son autonomie et acquiert toute sa valeur.
L'enseignement des Beaux-Arts en Europe est une tradition ancienne et prestigieuse. Tout commence dès le Moyen-Age, lorsque les maîtres-peintres transmettent leur savoir à des apprentis. Mais, en 1648, un groupe de jeunes artistes rompt avec cette tradition qui, jusqu'alors, les associait à des artisans, et fonde l'Académie royale de peinture et de sculpture. La première institution française concernant les Beaux-Arts est née. Considéré comme révolutionnaire à l'époque, ce nouvel établissement s'inspire néanmoins des modèles italiens existants.
L'un des buts principaux de l'institution sera de délivrer un enseignement libre et gratuit. Grâce à cet esprit démocratique, l'école devient, en principe, accessible à des élèves de toutes catégories sociales. Une série de concours permettra une progression dans laquelle talent et savoir-faire entrent en jeu. Il s'agit là d'un des grands principes sur lequel se développera la future école des Beaux-Arts.

 

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