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UN INCONTOURNABLE MINISTERE DE LA CULTURE
?
Le principe d’intervention dans le domaine des arts remonte aux premiers
monarques. François-1er demande à Léonard de Vinci de venir s’installer en France et acquiert nombre d’oeuvres de cette période Renaissance. Plus tard, Louis XIV encourage et pensionne des artistes et des
écrivains. En 1959, André Malraux crée un véritable ministère des Affaires
Culturelles, administration unique en son genre, qui récupère les attributions
du ministère de l’Industrie pour le cinéma et celles dévolues au ministère de
l’Education en ce qui concerne les Arts, Lettres et Architecture.
Avec
l'instauration de cette institution arrivent les premières critiques qui, au fil des ans, vont
naturellement s’accentuer. Ainsi l’intervention de l’Etat dans le domaine culturel
commence à être dénoncée avec plus ou moins de virulence à partir de la fin des années 80 ; le
« tout culturel » nourrissant pour les uns la « défaite de la
pensée » (Finkielkraut 1987) ou contribuant pour les autres à la
stérilisation de la création par « l’Etat Culturel » (Fumaroli 1991). Selon
Michel Schneider, une démocratie n’est pas particulièrement qualifiée en
matière de choix artistiques et ne semble en tout cas nullement à l’abri des
multiples influences du jour. Cet ancien directeur de la musique au Ministère
de la Culture, à l’instar de Jean Clair, propose déjà de supprimer ce dernier au
profit d'un système de défiscalisation pour l’investissement privé. Même
Dominique Bozo, ex-responsable du Centre Pompidou, rappelle dans un rapport sur
la commande publique écrit en 1988 à quel point l’art contemporain est un terrain
délicat, « un terrain d’expérimentation face auquel l’Etat, fort de ses
erreurs passées, a tendance à inverser ses comportements anciens pour acheter
de manière désordonnée les avatars les plus fous de la création
d’aujourd’hui. » (1)
Il
est vrai que des fautes de jugements jalonnent l’histoire des acquisitions
publiques, à l’image de la réticence des conservateurs à accueillir le legs
Caillebotte ou de l’absence dans les musées français, avant la seconde guerre
mondiale, d’oeuvres de Picasso ou de Matisse. Cependant,
il reste incontestable que l’encouragement à la création, pour louable qu’en soit
peut-être l’intention, induit presque indubitablement une dérive vers un art
officiel avec, en corrélation, un risque latent d’élaboration d’oeuvres destinées à la commande publique. Aussi, il apparaît probable qu’une part
importante de l’art contemporain d’avant-garde soit conçue dans l’esprit et à
destination des institutions que sont par exemple les FRAC ou le FNAC (2).
Ces lieux constituant d’ailleurs bien souvent son seul débouché. En outre, cet encouragement
à la création sera fatalement, à un moment ou à un autre, suspecté
sans doute à juste titre de "copinage" et de parti-pris.
"L’investissement
culturel lorsqu’il intègre un degré élevé d’innovation comporte obligatoirement une forte part d'incertitude sur ses résultats futurs ;
en plus, l’art d’avant-garde, qui déconcerte bien souvent par ses audaces, rend
encore plus difficilement compréhensibles les subventions et les nombreux achats
publics dont il est l'objet. Pour ces
raisons le marché de ce type d’art se trouve réduit à l’extrême et, sans intervention de l’Etat, il serait sans doute voué au déclin" (3). De toutes
façons, il paraît probable que même avec une bonne connaissance de l’art on ne
saurait réduire significativement le risque de se tromper, déjà parce que les goûts humains sont changeants et parce
qu'ils subissent presque inévitablement
l’influence des
courants de la mode du moment.
Alors,
au système français d’administration de la culture, avec son budget d’environ 1% de celui de l’Etat et ses quelques
16 000 agents, ce qui fait dire à certains que
l’aide va en tout premier lieu aux fonctionnaires, on peut opposer et peut-être
même préférer le modèle anglo-saxon peu interventionniste, donc au final plus démocratique. A
défaut, comme par avant, de se passer purement et simplement
de ministère de la Culture, il semble qu'un simple secrétariat suffirait
à la gestion des grands organismes culturels nationaux, tout en sachant
que quelques secteurs dudit ministère, comme la Délégation aux Arts plastiques,
n'ont d'ores et déjà plus aucune légitimité.
1) Le poids de l'aide à l'art contemporain
n'a comme équivalent que le soutien apporté au spectacle vivant. La Comédie
Française a reçu en 1994 130 MF. Entre 1969 et 1990 l'aide publique a plus que
quadruplé pour les théâtres nationaux, elle a été multiplié par 8 pour les
centres dramatiques nationaux. Sans évoquer
naturellement le coût des institutions lourdes mises en route sous F.
Mitterrand comme l'Opéra Bastille ou la Bibliothèque Nationale de France qui a
besoin pour son fonctionnement annuel d'environ 1 373 000 €
2) FNAC : Les 70.000 oeuvres acquises par le
Fonds National constituent un vaste panorama des tendances artistiques de 1875
à nos jours. Elles sont présentes dans les lieux publics : Musées, Ministères,
Ambassades... mais aussi pour la plupart dans les réserves. Le premier service chargé des "ouvrages d'art appartenant à
l'Etat" est créé au lendemain de la Révolution française en 1791. C'est de ce
service, doté d'un budget propre aujourd'hui de 3,2 millions d'euros, distinct de celui des musées, qu'est issu le
Fonds national d'art contemporain, institué sous cet intitulé en 1976. A
la faveur d'une nouvelle définition des structures dévolues à la création
contemporaine, le Fnac passe sous la tutelle de la Délégation aux Arts
Plastiques (Dap) en 1981, récemment créée par le Ministère de la Culture. Rattaché alors
d'un point de vue budgétaire au Centre national des arts plastiques (Cnap), il en
devient la composante essentielle en 2003 lors de la réforme de cet organisme.
Depuis 1991, le Fnac est installé à la Défense. Une œuvre commandée à l'artiste
François Morellet, "La Défonce", en marque symboliquement
l'emplacement.
3) Cf. L'économie de la culture F. Benhamou
- Edition La Découverte, 1996.
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