LA TENTATIVE DE LA NOUVELLE FIGURATION
 

L’avant-garde bourgeoise met donc en scène des objets manufacturés dans des Institutions publiques, la peinture abstraite est entrée dans les collections, mais simultanément la figuration subsiste toujours et si l’on prend en compte la notion de peinture-loisir, il devient incontestable que sa pratique est largement majoritaire. Mais ce type de peinture populaire n’innove pas et semble incompatible avec l’exigence moderniste de renouvellement, tant formelle que thématique.
Quelques artistes restés fidèles à la représentation et englobés par la critique sous l’appellation générique ambiguë de : « Nouvelle Figuration » (1), vont cependant s’attacher à explorer des voies inattendues et essayer d’apporter leur contribution à la révolution moderne.

La plupart de ces créateurs sont interpellés par l’événement majeur des années 60, le Pop-Art (2) avec sa référence aux techniques picturales ordinaires, c'est-à-dire celles de la publicité, surtout lorsqu’il utilise, avec Warhol, le procédé de la sérigraphie. Ainsi, bon nombre de peintres appartenant à la Nouvelle Figuration puisent leurs sources dans certains thèmes chers au Pop-Art : l’observation du quotidien, la vie urbaine avec ses affiches montrant des produits de grande consommation, sa science du cadrage également...
L’expression « Nouvelle Figuration », d’après Gérald Gassiot-Talabot, désigne le renouveau de la figuration qui s’est formé sur la décadence de l’art abstrait, mais elle implique également le dépassement de la querelle abstraction-figuration. Elle regroupe, à l’usage qu’on en fait, le Pop-Art anglo-américain ainsi que les formes issues de l’expressionnisme, du surréalisme et du réalisme. Ce courant, très largement ouvert, se distingue par sa multitude de catégories stylistiques, on retrouve à la fois l’influence d’un passé pictural récent et une volonté de se démarquer de l’impact du Pop-Art.
La Nouvelle Figuration ne se définit pas par un contenu déterminé ni par des contours précis, ce vocable commode contient, non seulement ce qu’un critique avait nommé la « nouvelle imagerie », mais peut parfaitement englober le Pop-Art ainsi qu’une autre alternative appelée la « Figuration Narrative ». Par ailleurs, la place prépondérante donnée au contenu politique sur la forme par quelques artistes, conduira à une peinture contestataire, symbolisée par les créations de l’atelier populaire de l’école des Beaux Arts de Paris durant les événements de Mai 68.
La fondation de la revue Opus International, puis la participation à partir de 1969 de Jean Clair aux chroniques de l’Art Vivant, vont contribuer à la reconnaissance de peintres figuratifs tels que Cueco, Cremonini, Monory...

La Nouvelle Figuration développe une voie photographique qui trouve son parallèle aux Etats-Unis avec « l’hyperréalisme » qui, par analogie, est peut-être à la figuration ce que représente le Carré Blanc suprématiste pour l’abstraction ; c’est-à-dire un cas extrême, une espèce d’absolu.
L’hyperréalisme se veut une représentation exacerbée du réel, plus précise encore que le document photographique qui lui sert de base. Il s’applique à rendre de manière froide et sans état d’âme les reflets des vitres, les chromes... Les peintres de cette mouvance exploitent un thème de prédilection jusqu’à épuisement, ce sont par exemple les portraits géants de Chuck Close, les effets spectaculaires de vitrines de Richard Estes.

 


1) Nouvelle Figuration, 1961, Face à l'abstraction et au nouveau réalisme proche de Dada et du Pop-Art (César, Klein, Tinguely...) un critique, Michel Ragon, réunit sous cette appellation des artistes figuratifs très divers comme : Bacon, Rebeyrolle puis Adami, Arroyo.

2) Pop-Art : dans une lettre datée de 1957, l'anglais Richard Hamilton le définit comme étant populaire et destiné à une large audience, passager et éphémère, consommable et facilement oubliable, vulgaire, produit en série, jeune et aimé de la jeunesse, spirituel, sexy, ensorceleur, appartenant au monde des affaires. Le mouvement se développe en Angleterre et aux Etats-Unis, il lutte contre l'abstraction en employant notamment les techniques et l'esthétique de la publicité, de la bande dessinée, avec un même souci d'opportunité et de popularité (Hockney, Hamilton, Warhol, Lichtenstein...).

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