DE LA NOUVELLE OBJECTIVITE AU SURREALISME
 

Entre 1922 et 1930 se développe en Allemagne la Nouvelle Objectivité « Neue Sachlichkeit », premier mouvement à se détourner de la ligne principale de l’avant-garde. Les artistes de la Nouvelle Objectivité s’orientent vers une peinture figurative à forte connotation sociale, parfois proche de l’expressionnisme et de la caricature.

Alors que le cubisme est une révolution de la plastique par son analyse géométrique des plans, que l’expressionnisme reflète par son langage chromatique et pictural le tragique de l’existentiel, la Nouvelle Objectivité quant à elle, s’oriente davantage vers une manière de peindre marquée par une volonté de distance à l’encontre de ces courants, pour se rapprocher d’une représentation plus banale de la vie quotidienne.
Elle se cristallise en un style reconnu par ses contemporains, les visions pathétiques de l’expressionnisme cèdent la place à une sobriété objective du regard avec une acceptation des contraintes terrestres et sociales. « Concentrer le regard sur ce qui est ici, aujourd’hui, sur la vue que l’on a depuis sa fenêtre, sur les rues et les ruelles ; le faire pénétrer dans les usines et les chantiers, les salles d’opération, les bordels, même si ce regard ne tombe que sur un simple jardin ouvrier... » (1).

La Nouvelle Objectivité englobe tout autant « le réalisme magique » plutôt optimiste de Kanolt que « le vérisme » précis et dur d’Otto Dix. Les nombreux peintres rattachés à cette mouvance sont dispersés dans plusieurs villes de la République de Weimar ce qui contrarie l’unité du mouvement. Dans ce contexte, la diversité des personnalités et des styles paraissent inévitables.
C’est le cas par exemple de George Grosz, difficilement classable. Sa peinture utilise tout ce que le cubisme a permis de liberté pour faire passer le message social mais aussi les obsessions érotiques.
Christian Schad apparaît comme l’un des réalistes allemands les plus significatifs. Dans son célèbre auto-portrait au modèle de 1937, très représentatif du mouvement, il donne une image de lui-même détachée, ambigue et austère ; le modèle lascif, au second plan, est lui aussi très caractéristique avec son visage barré d’une cicatrice.
Quant à Otto Dix, qui peut être considéré comme le chef de file du genre officialisé par l’exposition de 1925 à Mannheim, il répond au climat de violence de la guerre par des tableaux d’un réalisme précis, dénonciateur et sans complaisance.
Comme d’autres peintres de la Nouvelle Objectivité, Dix sera mis à l’index par les Nazis et plusieurs de ses oeuvres seront présentes à l’exposition « Art Dégénéré » de Munich en 1937.

Le courant  a inspiré certaines tendances contemporaines : le Pop-Art mais aussi l’Hyperréalisme, il a par ailleurs entretenu des liens avec une forme de peinture métaphysique que l’on trouve dans le Surréalisme. Si la Nouvelle Objectivité a trouvé sa pleine expression principalement avec des artistes germaniques, c’est de Paris, à la même époque, que viendront les idées surréalistes.

Ainsi, André Breton, après l’éclatement du Dadaïsme, définit dans un Manifeste en 1924 le Surréalisme : « mouvement d’un automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de tout autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupations esthétiques ou morales. » La fascination pour l’art des fous et les arts primitifs accompagnent le dessein surréaliste.
Le surréalisme a été interprété plastiquement de deux manières divergentes. Les peintres de la tendance dite révolutionnaire, Miro, Masson et accessoirement Ernst, se sont orientés vers une voie abstraite à partir du développement progressif de la représentation minimaliste d’après-guerre. D’autres, comme Dali ou Magritte, ont préféré exprimer leur monde à travers une peinture classique et très figurative.
 


J.BOUCHER, devant la mer, exposition de 1928

"De la nouvelle objectivité au surréalisme", sans pour autant oublier une certaine forme de réalisme.
Durant l'entre-deux-guerres, l'académisme semble encore réunir un maximum de suffrages comme en témoigne l'exposition très visitée du Palais des Beaux-Arts de la Ville de Paris. (23/09/1928)

 
http://travail-de-memoire.pagesperso-orange.fr/1930.htm


1) Cf. S. Michalski : La Nouvelle Objectivité, Edition Taschen 1994.
Wieland Schmied - Neue Sachlichkeit, Hanovre 1969.

sommaire

page 30


- 29 -