LES LIMITES DE LA PEINTURE :
UNE SIMPLE QUESTION DE VOCABULAIRE ?
 

Jusqu’alors et même dans leurs nouveautés les plus audacieuses, les peintres du XIXème siècle n’ont que peu modifié les méthodes de représentation du monde sensible. Le XXème siècle et l’art moderne vont totalement bouleverser toutes les conventions.
Une première révolution est apportée par le fauvisme et le cubisme ; les couleurs et les formes, pures créations de l’esprit, ne font plus forcément référence à la nature objective, la construction de la perspective ainsi que l’illusion du volume perdent en importance, leur objectif n'est plus d'être fidèle au réel.

Avec les peintres du Blaue-Reiter (1) on franchit une nouvelle étape. En subordonnant le formel au spirituel, les artistes du groupe évoluent naturellement vers une tendance abstraite. Leur art se débarrasse ainsi de la représentation plus ou moins photographique de la réalité et explore davantage l’existence cachée et l’intérieur des choses.
Le subjectif prend définitivement le pas sur l’objectif. Kandinsky à partir de 1911, répudie quasi-systématiquement le visible, ne s’attachant plus qu’à une représentation symbolique des couleurs. Pour lui, comme pour son contemporain Malevitch, la représentation de l’objet, c'est-à-dire du concret, devient encombrante et inutile.

A la libération de la forme correspond presque simultanément la libération de la matière. Certains artistes recherchent l’emploi de substances et d’effets nouveaux, ils associent parfois à la « non forme », la « non peinture », ne serait-ce que pour s’affranchir définitivement des systèmes jusqu’alors admis, comme l’adresse manuelle et la représentation du réel.
Les cubistes par exemple utilisent des papiers collés. D’autres créateurs cherchent à modifier l’aspect de la couche picturale en y incorporant des matériaux divers. Tapiès ajoute dans ses bruns et ses gris du sable ; Dubuffet utilise de la même manière des mélanges de terre et de bitume.

Pour finir et fort logiquement, l’idée vient alors de remplacer le support, c’est-à-dire la toile peinte, par autre chose. Fontana lacère ainsi ses oeuvres et perce des plaques de métal, Rouan tresse des bandes de tissus colorés... Mais on atteint là sans doute l’extrême limite de ce qu’il est convenu de nommer « Peinture », simple question de vocabulaire, si l’on veut réserver le mot à une surface plane peinte. Après, on entre dans le domaine des « Installations » et du concept, initié par Dada (2) et si cher à l’art contemporain, alors c'est vraisemblablement à partir de ce moment que de peintre, l'artiste devient selon la terminologie actuelle un « plasticien ».

 


1) Blaue-Reiter : le cavalier bleu, groupe d'artistes constitué à Munich en 1910-1911, sans orientation définie. Kandinsky, leur chef de file, F. Marc et A. Macke réussirent, chacun à sa manière, une synthèse très personnelle des innovations formelles du fauvisme et du cubisme.

2) Dada (1916) : mouvement subversif fondé à Zurich par Hugo Ball et Tristan Tzara, ancêtre du surréalisme et de toutes les futures formes d'agitations artistiques : Arp, Schwitters, Picabia, Ernst...
 

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