DE L'ACADEMISME A L’IMPORTANCE DE LA LUMIÈRE
 

Lorsque les visiteurs du Salon de 1865, choqués par la nudité osée de L’Olympia de Manet, demande que l’oeuvre soit retirée de l’exposition, ils peuvent prétexter l’impudeur du nu à l’encontre de la morale. Mais dix ans plus tard, devant les paysages anodins des impressionnistes, ces mêmes spectateurs qui réagissent tout aussi négativement n’ont semble-t-il guère de motif. En fait, ils réfutent cette manière inédite de représentation de la nature et surtout l'aspect non fini des peintures, le désaccord porte essentiellement sur le décalage temporaire de vision entre le public et l’artiste.

L’impressionnisme est un courant qui se distingue par le caractère instinctif des peintres qui souhaitent avant toute chose rendre une sensation visuelle et colorée. Ainsi, l’oeil doit saisir sur le vif, d’après nature, le motif et le traduire immédiatement sur la toile avec l’impression de lumière et de fraîcheur. Autrement dit, le raisonnement qui jusqu’alors préside à la composition de l’oeuvre doit être subordonné à la sensation spontanée.
Ce ne sont pas seulement les formes qu’il perçoit, mais surtout les intensités chromatiques que le peintre doit s’attacher à restituer dans son tableau.

L’émancipation du regard, pour reprendre le terme de Camille Pissaro, est le premier élément de l’esthétique impressionniste, pour ces peintres il est donc nécessaire d’axer essentiellement leur création picturale sur l’ambiance atmosphérique, ce qui rend la peinture innovante dans la manière mais elle reste toutefois d’une conception thématique traditionnelle.

Les impressionnistes ont appliqué la théorie de Chevreul qui divise les couleurs en deux groupes : les couleurs primaires - bleu, jaune, rouge, et les couleurs secondaires obtenues par mélange de deux primaires. Ce principe en déduit également qu’une secondaire se renforce auprès de la primaire non composante, par exemple : le violet s’exalte auprès du jaune, le vert près du rouge. Chevreul constate alors que les couleurs complémentaires mélangées entre elles se détruisent en donnant un gris-marron incolore.
Les impressionnistes par principe hostiles à la non couleur, comme le gris, éviteront les mélanges sur la palette et préféreront poser directement sur la toile de petites touches de teintes primaires ou secondaires, en confiant à l’oeil du spectateur le soin de reconstituer les couleurs intermédiaires souhaitées.
La technique de Monet et de ses camarades reste cependant empirique, plus commandée par la sensation et par l’intuition ; les artistes ne se référant à Chevreul que pour s’abriter derrière un bouclier scientifique.

Si ce mouvement fut un temps mal perçu, il demeure aujourd'hui le plus apprécié du grand public. On peut même considérer qu’il sert de modèle à tout « peintre amateur », d'abord par sa technique aisée traitée avec une touche apparente, puis par un sujet simple et directement accessible comme le paysage.
De la même façon et s’il est permis d’établir un parallèle avec l'art contemporain, on peut parfaitement opposer l'impressionnisme, devenu si populaire actuellement, à l'avant-garde minimaliste et conceptuelle qui récuse toute image peinte et ne s'adresse elle, qu'à une infime minorité.

Par ailleurs, l'ascention des impressionnistes, suivi de l'arrivée de la peinture moderne, a finalement remplacé en notoriété l'art académique des Salons et a contribué à sa marginalisation. Celui-ci sera alors dénigré par la critique et tourné en dérision par certains professionnels de l'art. La peinture d'histoire, au sens large, à la technique si souvent élaborée, sera alors traitée péjorativement d'art pompier et les grands et petits formats des Académiciens seront décrochés des cimaises et envoyés à la remise pendant près d'un siècle. (1)

 


1) Les Académiciens, la suite logique du classicisme.
Lors de l’exposition universelle de 1855, Ingres mais aussi Delacroix et les peintres attachés aux Salons officiels, les "Académiciens", obtinrent la plupart des prix. La presse de l’époque ne manqua pas de nommer les artistes qui reçurent ces récompenses officielles.
Les Académiciens étaient considérés comme les seuls artistes de grand art et, naturellement, ils étaient peu favorables aux changements artistiques. Cependant, au milieu du XIXème siècle, les critères imposés par l’Académie devinrent bien moins rigides et les peintres paysagistes purent aussi partir à Rome. Néanmoins, le paysage restait toujours un genre secondaire..
Le style d’Ingres et de ses successeurs demeurait omniprésent dans les ateliers des Beaux-Arts et aux cimaises des Salons officiels mais les peintures de Delacroix, d’une facture plus libre, ainsi que les tenants de l'éclectisme, aux références historiques multiples, possédaient aussi leurs amateurs. A l'opposé, les innovations des paysagistes de l'école de Barbizon, prémices de l'impressionnisme,  ne suscitaient toujours guère d’intérêt.
La sélection aux Salons engendra de plus en plus de mécontentement. En effet, devant l’abondance des oeuvres présentées, environ quatre mille pour le Salon officiel de 1863, le jury crut devoir en écarter plus de la moitié. La réaction fut telle, que Napoléon III, ignorant les objections de l’Académie, autorisa la tenue d’une exposition parallèle : le Salon des Refusés. Dès les premiers jours cette manifestation obtint davantage de succès que l’exposition officielle. Curieux mélange d’ancien et de nouveau, de mauvais et de bon, le Salon des Refusés avec ses partisans ou ses opposants suscita de nombreux commentaires. Parmi les artistes exposants, certains comme : Pissaro, Cézanne, Whistler ou encore Manet avec le Déjeuner sur l’herbe, allaient, par la suite, révolutionner l’histoire de l’art et du goût et contribuer à mettre à l'index pour un bon nombre d'années la peinture académique.

http://pagesperso-orange.fr/verat/la_peinture/art_academique.htm

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