LE ROMANTISME : BERCEAU DE L’ART MODERNE
 

Le problème de la représentation du réel a toujours été une des préoccupations de la peinture, mais la notion même de réel est susceptible de changement selon l’époque. La réalité spirituelle est tout aussi concevable que la réalité matérielle ; en cela, le mouvement romantique du XIXème siècle se situe entre rêve et réalité.

Le caractère propre au personnage romantique est significatif de l’esprit du temps. Cette figure type se présente sous celle de l’étudiant vagabond incarnant à la fois la poésie et le goût de l’aventure sur fond de nostalgie médiévale. Les peintres et poètes appartenant à ce courant désirent entretenir des liens étroits avec la nature dans laquelle ils puisent leur inspiration.
La haute montagne, l’espace infini de la mer par exemple, ouvrent aux romantiques cet univers sans fin auquel aspire leur imagination. Cette nature sauvage favorise selon eux la symbiose de l’homme et des éléments et devient un véritable appel à la création.

Si puissant que soit le sens de la réalité, les peintres romantiques souhaitent accorder au rêve la place qui lui revient ; le contenu poétique, métaphysique et émotionnel du tableau revêt donc une grande importance et constitue un élément réellement novateur.
On peut sans doute affirmer que par le Romantisme la création devient personnelle, que la sensibilité propre prend le pas sur les règles. La grande diversité des artistes qui se rattachent à ce mouvement, y compris maintenant à travers les peintres visionnaires, prouve sa vitalité et l’intérêt qu’il suscite toujours le situe même hors du temps.

Aussi la touche nerveuse et les empattements de Turner ne sont-ils pas déjà prémonitoires de l’impressionnisme ?
David Friedrich réalise plus complètement et plus intimement qu’aucun autre peintre le mariage de la réalité et de la surréalité : « le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu’il voit au dehors, mais aussi ce qu’il voit en lui-même », son précepte annonce sans aucun doute celui de Kandinsky et de l'abstraction : «
la fonction de la peinture devient alors d’exprimer le monde intérieur de l’individu, autrement dit son monde spirituel ».
William Blake considère lui, la gravure et l’aquarelle plus aptes à traduire ses visions, célestes et oniriques, finalement très proches du jeu surréaliste.
Goya, qui figure aussi parmi les plus purs romantiques, peint des scènes sur la guerre d’Espagne avec une atmosphère de cauchemars à la fois fantastique et réelle. Ses terribles peintures noires de la « Quinta del Sordo », exécutées au moyen d’une palette réduite, expriment ses tourments d’homme malade et amer face aux événements. Ces dernières s’inscrivent sans nul doute dans l’esprit expressionniste.
Victor Hugo en dehors de l’écrit communique par le dessin, moyen propice à la libération spontanée de son monde intérieur, il innove par ses lavis qui deviennent parfois presque abstraits.
Quant à la peinture nerveuse et passionnée de Delacroix, qui conserve l’impulsion sous-jacente des premières esquisses, c’est surtout par la couleur qu'elle représente avec force les formes et l’ambiance qui rejoignent les préoccupations fauves à venir.

Avec le Romantisme, la couleur auparavant assujettie au dessin prend son autonomie ; les artistes très souvent coloristes (1) travaillent de manière plus instinctive, certains juxtaposent même des touches de couleurs vives, n’hésitant pas à prendre des libertés "modernes" avec les proportions et la perspective. Avec le Romantisme l’impulsion naturelle remplace le procédé laborieux et rationnel. La peinture revêt un caractère tactile et sensible et l’écriture nerveuse, la pâte épaisse et colorée, donnent un aspect non fini aux oeuvres. Désormais, un tableau achevé ne dépend pas uniquement de sa finition mais également du bon vouloir décrété par l’artiste.

Avant le Romantisme, l’art était pour une part artisanat avec comme corollaire, le métier et la technique, il répondait d'ailleurs souvent à une commande. Le mouvement Romantique s'affranchit de la demande et impose d’autres critères plus subjectifs, comme l’émotion personnelle, premier pas peut-être vers l’art moderne et l'esprit contemporain.
 


David Friedrich, Chalk Cliffs on Rügen, 1818-19, oil on canvas
Oskar Reinhart Foundation, Winterthur.
 


 

1) L'ennemi de toute peinture est le gris. Les peintres qui ne sont pas coloristes font de l'enluminure et non de la peinture. La peinture proprement dite comporte l'idée de la couleur comme une base nécessaire aussi bien que le clair-obscur, les proportions et la perspective. (Delacroix, journal)

 

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