VERS UNE PEINTURE PLUS POPULAIRE ET DE NOUVEAUX SUJETS
 

L’art classique de l’Ancien Régime est avant tout destiné aux châteaux et aux églises, ce qui naturellement oriente les sujets et limite singulièrement leur diffusion et leur impact populaire.

Les oeuvres didactiques du Moyen-âge, malgré l’anonymat des artistes, constituent en partie une première exception puisqu'elles sont tournées vers un large public.
La peinture hollandaise du XVIIème siècle, surtout orientée vers un marché libéral, en constitue une seconde. On peut sans doute la considérer comme la première peinture bourgeoise.
Après la crise sociale et religieuse qui bouleverse les Pays-Bas pour aboutir à l’autonomie totale de la Hollande (traité de Westphalie en 1648), les artistes de ce pays développent une peinture davantage conçue pour les intérieurs bourgeois, reflets caractéristiques de cette société libérale composée surtout de commerçants et d’artisans.
Ainsi, les peintres traduisent généralement plus une forme d’expression dirigée vers le concret et la vie quotidienne que vers la religion et l'histoire. Il apparaît fort logique que, se trouvant privé des commandes monumentales pour églises ou châteaux, les artistes hollandais se soient tournés vers des réalisations aux formats plus modestes, aux goûts de leurs clientèles bourgeoises, et qu'ils aient adapté la dimension des tableaux à leurs habitations.
Pour ses raisons leurs thèmes ne traitaient donc que très occasionnellement les sujets traditionnels chez les rois, la noblesse ou le clergé, mis à part les portraits.

A cause du contexte politique, l’art hollandais renouvelle les genres et la nature morte qui n’avait été jusque là qu’un accessoire du tableau, un élément du décor dans lequel la présence des personnages constitue l’essentiel, devient un sujet à part entière. Les vanités aux symboles si difficiles à déchiffrer, avec leurs entassements d’objets précieux, de fleurs et de fruits, deviennent alors très prisées.
Finalement, l’art hollandais ne fait que correspondre à la demande d’une société à l’esprit sobre et compétitif, déjà capitaliste. Ces artistes produisent une peinture réaliste et riche en détails, à l'intimisme marqué comme l'atteste souvent le présence du rideau au premier plan ; ils dépeignent outre des natures mortes minutieuses, des intérieurs domestiques, des scènes bucoliques de tavernes, des paysages et, bien entendu, des portraits de groupe ou individuel montrant les personnalités d'alors.

Trois artistes feront référence, dans la peinture à venir, par leur importante notoriété :
· Frans Hals, qui, influencé par Le Caravage, se distingue par ses portraits populaires et naturalistes, où l’expression d’une vérité spontanée est servie par le métier même du peintre.
· Rembrandt, toujours sous influence du Caravage, est célèbre pour ses « clairs obscurs » ainsi que pour ses portraits de corporation si vivants.
· Quant à l’oeuvre réduite de Vermeer, elle traduit surtout de tranquilles scènes d’intimité avec une construction subtile de l’espace et une utilisation raffinée de l’éclairage.
Les tableaux de ces trois maîtres seront très appréciés dans la France du XIXème siècle, notamment par la génération des réalistes et de Manet. L'énorme succès de l’exposition rétrospective de Vermeer en Europe et aux États-Unis, regroupant 27 de ses créations, c’est-à-dire la quasi totalité de son oeuvre, confirme s'il en est  l’engouement populaire pour ce type de peinture facilement accessible.

En règle générale, ces grandes manifestations tournées vers le passé et l'histoire de l'art se concrétisent par d’incontestables réussites aujourd’hui, comme le prouve outre l'exposition déjà citée de Vermeer, celle de De La Tour au Grand Palais ou, plus récemment, la rétrospective Ingres du Louvre regroupant 80 tableaux et 104 de ses dessins.
On peut alors sans aucun doute se poser la question de savoir si l’indifférence et la suspicion à l’égard des créations contemporaines, n’amène pas le public amateur d'art à considérer, tout simplement, qu’il n’existe pas d’art véritable en dehors de celui d’autrefois ?

 

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