LA TECHNIQUE FACE A LA CONSERVATION
 

Les peintures du passé posent parfois des problèmes de conservation, principalement avec, comme on l’a indiqué, l’apparition de craquelures sur la couche picturale ou de vernis devenant jaunes et ternes. Avec les oeuvres modernes ou contemporaines dans lesquelles la liberté d’expression prime sur la règle technique, où la nouveauté a davantage d’importance que la matière utilisée, le problème de sauvegarde devient bien plus ardu.

Toujours d’après le Sunday Time, certains tableaux de grands peintres vivants sont déjà entrain de se détériorer, à cause notamment de l’instabilité chimique des peintures synthétiques employées dans les années 60. Des oeuvres importantes d’artistes comme Hockney, Pollock, Rothko... se décolorent et se craquellent, voire même se détachent partiellement du support. L’une des oeuvres les plus célèbres de la Tate Gallery de Londres, « Monsieur et Madame Clark-Percy » de David Hockney devient terne, l’acrylique ayant absorbé la poussière ambiante. Sur ce tableau l’émulsion utilisée en 1971 commence à jaunir et à couler.
Andy Warhol, Roy Lichtenstein, artistes qui ont travaillé avec les premiers matériaux acryliques, voient plusieurs de leurs oeuvres menacées du même sort. La peinture industrielle utilisée par Pollock sur sa toile « Summertime » est craquelée et par endroit se décolle.

Cette dégradation rapide risque de miner la confiance dans l’art contemporain et les restaurateurs de la Tate Gallery sont si préoccupés, qu’ils ont décidé d’investir des sommes importantes dans un programme d’études sur les techniques de traitement et les méthodes de conservation de la peinture moderne.

De nombreuses acquisitions du Centre Pompidou, qui privilégia au début des années 80 les achats d’installations encombrantes ou encore des courants comme l’Art Pauvre, posent forcément des problèmes de préservation tout aussi compliqués auxquels s’ajoutent ceux du stockage. Les FRAC qui ont suivi la même politique de collections à base d’oeuvres conceptuelles et minimalistes, formées d’assemblages hétéroclites de matériaux très divers parfois fragiles et d’un entretien aléatoire, ne sont pas en reste. Certaines compositions utilisant par exemple des végétaux réclament une maintenance quasi quotidienne, d’autres font l’objet d’une disposition savante et particulièrement difficile à respecter.

Ces deux chapitres qui abordent succinctement la technique corroborent finalement le bon sens de la pensée de Kant. En effet, selon lui, les artistes qui croient pouvoir se passer de toutes règles sont plongés dans une complète illusion, ne serait-ce que parce qu’il leur est nécessaire de passer par un support matériel...
Enfin, il paraîtrait normal qu’un collectionneur ait le souci de conserver, dans son état d’origine, l’oeuvre pour laquelle il a consacré une part de son budget et toute collectivité, par égard à l’argent public, doit bien entendu agir de même.

 

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