FACE A LA CRISE DE LA REPRESENTATION,
FAUT- IL SE SOUMETTRE AUX REGLES D’UNE ECOLE ?
 

Kant, bien qu’affirmant une origine innée à l’inspiration, ne prône pas pour autant un rejet total des règles. Il ne tombe pas dans l’excès qui consiste à prendre parti pour une théorie de la liberté totale. Kant est contre la théorie du « Sturm und Drang » (1) qui consiste à donner libre cours, lors de la création, à son instinct inspirateur sans le contraindre ni le dominer. Kant ne se montre pas davantage le partisan d’une théorie classique et sèche, qui consisterait à imiter en tout point les modèles comme au Moyen-Age.

Selon Kant, le génie dans sa création est bien inspiré par une cause naturelle, instinctive et sublime, mais qui doit cependant être domptée par la raison afin de s’épanouir complètement. De plus, l’oeuvre du « génie », afin d’être concrètement réalisée, contient une part nécessaire de règles techniques : « tous les beaux arts sans exception admettent pour condition essentielle de l’art un élément d’ordre mécanique qui peut être appréhendé et appliqué selon des règles, donc recèlent néanmoins un élément scolaire. Il faut bien, en effet, qu’on ait une finalité en tête, ou sans cela la production artistique ne pourrait être attribuée à aucun art et serait le simple fruit du hasard. Or, mettre en oeuvre une fin exige des règles déterminées dont on ne peut s’affranchir. » (Extrait - Critique du jugement).

Chaque artiste a dans son propre domaine des dépendances, des contraintes matérielles et techniques afin de concrétiser sa création. Le poète est dépendant des règles grammaticales et des limites de sa langue. Le créateur peut cependant enfreindre certaines règles dans quelques cas, sans pour autant détruire l’équilibre de son oeuvre, mais au contraire pour assouplir les contraintes imposées à sa création. Il ne doit néanmoins pas tomber dans le travers qui consiste à faire fi de toutes les règles. Malgré son talent, il doit respecter certaines bases à « l’effectuation » de son art.

Pour Kant, les artistes qui croient faire abstraction de toute règle sont plongés dans une complète illusion, ne serait-ce que parce qu’il leur est nécessaire de passer par un support matériel pour composer et donc de passer par des contraintes techniques. Le « génie » est bien entendu celui qui va innover et va inventer de nouvelles règles, mais dans toutes ses créations, il n’évolue pas dans une atmosphère de liberté absolue. L’artiste, s’il veut parvenir à créer le sublime doit d’abord se plier à des exigences scolaires sans pour autant s’y perdre.

 


1) "Sturm und Drang" (tempête et élan) : titre d'une pièce écrite vers 1770 de Klinger et mouvement littéraire en opposition à la philosophie des lumières, qui prône une réaction envers les règles classiques pour être libre dans sa création. (Valérie Caracco-Arnold : La notion esthétique du génie au XVIIIème siècle - Mémoire de Maîtrise - 1993).

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