LA CONSERVATION A TRAVERS POLLOCK, HAMILTON, STELLA
 

Plusieurs décennies après son utilisation le bitume, pigment brun, sombre et transparent qui ne sèche jamais totalement provoque, lorsqu’il est employé dans l’ébauche du tableau, des craquelures et des détériorations importantes. De la même façon, il est reconnu que les couches picturales ont généralement une action corrosive sur la toile. Il s’avère donc utile d’isoler celle-ci avec une couche d’apprêt composé d’un mélange de gesso, d’huile ou de colle. Cette préparation doit en outre être ni absorbante, ni instable (1).

La connaissance et l’application de quelques règles de ce type conditionnent la bonne conservation à venir de toute création. Or, la peinture contemporaine qui revendique surtout la liberté dans la manière et dans l’action rejette de ce fait les contraintes d’ordre trop technique en négligeant donc souvent ce qui touche à la préservation et à la pérennité de l’oeuvre.

En 1947, Jackson Pollock fort d’un désir de spontanéité instinctive et gestuelle débute une série de compositions portant des titres en lien avec la nature. Ses toiles brutes, parfois de simples draps, se couvrent alors d’entrelacs, de gouttes, d’éclaboussures de couleurs, prémices de ce qui deviendra plus tard l’expressionnisme abstrait.
La méthode ainsi inventée par l’artiste le « dripping » est employée pour l’effet graphique de ses coulures et pour la liberté d’action offerte. Cependant, cette exécution permissive où le hasard entre en compte, où les fortes épaisseurs sont fréquentes, porte déjà en germe de futurs problèmes de sauvegarde évoqués par le Sunday Time en date du 15 mai 1992.

Pour Pollock, l’altération rapide de l’oeuvre n’est à l’origine ni prévue ni souhaitée, alors que pour Richard Hamilton toute transformation, négative ou positive, laisse cet artiste plutôt indifférent. En effet, selon le chantre du Pop-Art, une fois l’oeuvre achevée, il n’est absolument pas gênant d’envisager une évolution provoquée par l’utilisation de matériaux variés. Dans « Vers un état définitif » élaboré en 1962, la couleur du papier imprimé inclus dans la composition s’est complètement dénaturée à la lumière et la sous-couche de mauvaise peinture blanche a considérablement jauni. Pour Hamilton le tableau reste un objet indépendant et devient le véhicule instable d’une émotion. Son évolution dans le temps ne revêt donc qu’une importance secondaire. Cette approche de l’art témoigne d’une attitude peu courante de l’artiste vis-à-vis de sa production et résout de ce fait tout ce qui paraît lié à la conservation.

La technique employée par Franck Stella, dans ses recherches minimalistes en quête de perfection et de sobriété devient si rudimentaire qu’il n’est plus guère question de règles.
Pour son ensemble connu sous le nom de « Peintures noires » l’artiste ne s’encombre pas d’artifice : une peinture commerciale en pot « noir émail », est appliquée au moyen d’une brosse commune « queue de morue » sur une toile sans apprêt. La teinte est absorbée par le support de coton ce qui en diminue la brillance. Le fini varie en fonction du nombre de couches. Stella travaille les oeuvres de cette série méthodiquement, comme s’il s’agissait d’une porte ou d’un mur, en somme à la manière d’un bon artisan en bâtiment mais à la différence que lui, par son travail et grâce au concept qui s’y rattache, entre au musée.
Cependant, à partir du moment où l’épaisseur de la couche picturale reste raisonnable et dès lors que la toile résiste, les peintures de Stella, au contraire de celles de Pollock ou Hamilton, ne devraient pas occasionner trop de soucis aux conservateurs.
La crainte éventuelle de ces derniers se portant sans doute davantage au niveau de l’éthique, à savoir : comment définir une oeuvre d’art ?

Avec Jackson Pollock, l'art moderne américain s'est inventé une identité propre, une histoire, et depuis, d'autres créateurs de ce pays comme Franck Stella avec le minimalisme ont pris la tête de l'avant-garde.
La reconnaissance internationale de ces deux artistes synthétise, en quelque sorte, l’influence du réseau avec entre autre, la prédominance des artistes américains ou vivant aux Etat-Unis.

 


1) Cf. Les grands peintres et leur technique. Bibliothèque de l'image - 1993.
Gesso : Enduit à base de plâtre. La tendance actuelle désigne aussi par ce terme les enductions composées de blanc acrylique.

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