RENCONTRE D’UN CENTRE D’ART AVEC UN FONDS REGIONAL
 

Comme on le verra par la suite, les Centres d’art et les Fonds régionaux d’art contemporain entretiennent des liens privilégiés, ils appartiennent au même réseau, leur conception de l’art est identique et ils affectionnent le même type de lieu : du château classé à l’usine désaffectée en passant par le hangar dont les aménagements spéciaux doivent en outre, selon certains spécialistes autorisés, respecter des normes internationalement définies.

En mars 1996, le Centre d’Art de Pougues-les-Eaux reçoit une sélection des oeuvres du FRAC de Bourgogne (1). L’exposition bénéficie du soutien du Conseil Général, des villes de Nevers et Pougues-les-Eaux, de l’APAC, du FRAC et de la DRAC. Elle regroupe les créations de : Boetti, Boltanski, Bulloch, Friedmann, Hains, Knoebel, Leccia, Marclay, Long, Vilmouth, Walther, Zaugg.

Pierre Duriot chargé par le Journal du Centre de relater l’événement écrit : « d’entrée, on retrouve une oeuvre à base de morceaux de tuyau d’arrosage verts, figurant une herbe urbaine folle. Une palissade, brute de chantier, s’incruste parfaitement dans le thème, ainsi qu’une série de planches à l’alignement décalé. La ville, thème global de l’exposition, dérive sur un plan humain, avec une pyramide de palettes, figurant un bel ordre social, perturbé par un élément parasite : un tabouret de bois qui vient rompre la rectitude de la géométrie. L’ensemble, décentré par rapport à l’espace d’exposition, pourrait signifier le décalage de l’édifice social. Inégalité encore, entre les deux interlocuteurs figurés par des projecteurs posés sur des fauteuils et plaquant mutuellement leurs ombres, l’un sur un mur blanc, l’autre sur un mur brut, dans une inégale conversation de photos : une sorte de dialogue de sourds si fréquent dans nos sociétés. Dialogue de sourds encore ou infinité de dialogues, au choix,  avec ce téléphone relié à son combiné par un long, un très long tuyau... ».

« Reste une projection de boue, d’Angela Bulloch, une américaine, créneau également déjà vu en art contemporain : une reprise en forme d’arroseur arrosé mais qui ne rajeunit pas la formule.

Dans cet ensemble brut de brut, une série de sarcophages de toiles suspendues verticalement, ouvertes en bas, comme une invitation à  s’y glisser, fait figure d’oeuvre méticuleusement confectionnée. Comme des sacs de couchage pour cosmonautes ou des enveloppes mortuaires, à chacun son impression, ces tubes de tissu noir se démarquent de l’ensemble par leur aspect manufacturé.

Comme toujours en art contemporain, rien n’est à juger sur pièce et surtout pas en terme d’esthétique, cela pourrait fâcher. Tout est à comprendre et cela fera gratter la tête à plus d’un visiteur curieux. Les fans devraient trouver leur compte dans cette sélection d’oeuvres d’artistes reconnus dont certaines affichent dix ans de présence au catalogue du FRAC. »

Les expositions d'art contemporain  jouent très souvent dans un registre proche du décor de théâtre ou de cinéma mais, avec en moins, le spectaculaire et le savoir-faire technique et professionnel. On peut aussi se demander qui, mis à part les FRAC et quelques musées subventionnés, peut bien vouloir conserver de telles mises en scène d'objets hétéroclites.
Par ailleurs cette manifestation, composée comme il se doit en pareil cas uniquement d’installations, résume bien par le soutien unanime qu’elle a reçu, l’interdépendance politique des diverses collectivités. Une exposition plus conventionnelle de peintures et de sculptures aurait-elle obtenu un tel consensus ? peut-être, mais sous une autre république.

 


1) Le Centre d'Art de Pougues-les-Eaux étant en cours de restauration et d'installation, l'exposition a eu lieu dans les locaux de l'Association pour l'Art Contemporain à Nevers.
 

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