L’ART CONTEMPORAIN ET LA POLITIQUE
 

Bien davantage que des considérations d’ordre purement culturel se sont des considérations d’ordre politique qui motivent l’élu à accorder son soutien à l’art contemporain d’avant-garde. Celui-ci pensant faire preuve alors de son ouverture d’esprit et de son modernisme.

A ce propos, l’installation du Centre d’Art Contemporain de Pougues-Les-Eaux dans la Nièvre semble tout à fait caractéristique, tant par les réactions qu’il a rapidement suscitées en provenance des acteurs de la vie culturelle locale, que par le financement public prévu.

Après le refus d’une première municipalité nivernaise d’accueillir le Centre d’Art, face au budget nécessaire à sa création, celui-ci s’est finalement établi au Parc Saint-Léger de Pougues-Les-Eaux, propriété du département.

En 1993, le Conseil Général en suivant la ferme volonté de son Président, décide de lancer les opérations de réhabilitation du domaine thermal de Pougues-Les-Eaux dont deux parties, l’ancien hôtel et l’usine d’embouteillage, seront réservées à l’implantation définitive du Centre d’Art. Ces importants travaux sont financés à hauteur de 40 % par l’Etat, le reste à la charge des collectivités locales. Cependant, face à la réticence de la Commission Départementale Education et Culture, qui a émis un avis réservé sur la poursuite de l’opération (dont l’opportunité, d’après elle, paraît discutable dans la conjoncture actuelle), seule une partie du domaine sera dans l’immédiat restaurée au titre de la conservation du patrimoine (1).


                
L'usine d'embouteillage devenue Centre d'Art


                                   
annexe, Centre d'Art

Aussi, s’il paraît louable pour un département comme la Nièvre d’avoir pour objectif de contribuer au développement culturel par la création d’un Centre d’Art, il paraît également injuste et peu logique d’y consacrer presque toutes les ressources financières réservées à ce domaine.

De la même manière, il serait sans doute judicieux d’évaluer correctement le poids du coût de fonctionnement d’un tel Centre. D’autre part, bien que le but d’une manifestation d’art ne soit pas d’être grand public, il faudrait peut être également obtenir des informations sur l’objectif de fréquentation envisagé, ne serait-ce que par égard aux moyens publics mis en oeuvre.

Concerné par le projet, Eric Troncy (2) développe, quant à lui, une approche différente sur la question de l’art contemporain. Il écrit notamment : « le Centre d’Art est un modèle inventé de toute pièce par les historiens d’art à la fin des années 70. Sortis diplômés des universités, ils refusaient d’intégrer le circuit des musées qui les contraignaient à passer le concours de conservateur, pour en final, ne pas s’occuper d’art contemporain, leur champ d’intérêt. Ils ont donc décidé de créer des petits espaces, parfois dans leurs appartements, parfois dans un magasin comme une librairie. Ainsi, ils pouvaient en toute effervescence y inviter des artistes de toutes nationalités alors méprisés par les circuits muséo-graphiques classiques. »

En 1983, Jack Lang, Ministre de la Culture, ayant jugé l’idée intéressante et croyant s’y forger une image institutionnalise le principe en créant les Centres d’Art.
Quant à la fréquentation de ces Centres, Eric Troncy rappelle qu’il est fort dangereux d’y appliquer un discours qui ailleurs, c’est-à-dire au sujet de la télévision, s’appelle l’audimat. « L’obsession de taux de fréquentation est souvent l’argument ultime pour légitimer le populisme le plus honteusement bête. »

 


1) Les travaux du Centre ont été estimés à un total de 7,5 MF et confiés au cabinet d'architectes parisiens : CORUN et CREPET

2) Eric Troncy est titulaire d'un DEA sur les Centres d'Art. Il en a effectué le recensement pour le Ministère de la Culture et a rédigé pour le Conseil Général de la Nièvre l'avant-projet du Centre d'Art de Guérigny.

 sommaire

page 15


- 14 -