JUSQU’OU PEUT- ON ENCORE PARLER D’ART,
QUELLE EST LA POSITION DE KANT ?
 

Les expositions des Centres d’Art sont déconcertantes, les collections des fonds régionaux d’art contemporain déroutantes mais l’existence et l'influence de ces institutions, souvent ignorées du grand public, sont bien réelles et elles participent à l’histoire de l’Art. Toutefois, elles n’en détiennent pas l’unique prérogative et la peinture figurative, le contraire exact, peut parfaitement prétendre encore jouer un rôle dans l’évolution de cette histoire.

     collections Frac Alsace.

Les courants d’avant-garde ne concernent que quelques amateurs avertis pourtant ils bénéficient, d'une manière assez peu démocratique d'ailleurs, du puissant soutien du Ministère de la Culture. Cependant cette forme d’art contemporain semble dans une impasse et condamnée à répéter les découvertes de Duchamp.
Une remise en question serait sans doute salutaire et, sur ce point, l’analyse de Kant (1) à travers la « critique du jugement » est encore à considérer avec attention.

              Rachel Whiteread, Frac Limousin.

Dans « La critique de la faculté de juger », la position de Kant se situe sur une double réfutation : réfutation de l’imitation dans les arts, et réfutation d’une attitude visant à rejeter toute règle. Il opte donc pour une position intermédiaire entre le respect inconditionnel des règles et la liberté totale de création, il met l’accent sur la subjectivité de l’expérience esthétique, mais il n’en récuse par pour autant l’objectivité formelle du beau.

Kant oppose radicalement la création du génie à une simple imitation de la nature et à l’imitation d’un maître qui servirait de modèle. Selon lui, l’imitation est assimilée à un apprentissage, et c’est pour cette raison qu’il ne peut pas être question d’une simple reproduction dans l’oeuvre artistique, puisque l’artiste doit tout d’abord créer en suivant sa propre inspiration. Kant établit une nette distinction entre l’oeuvre originale et personnelle avec la création d’une toute autre nature qu’un artiste aurait copiée ou apprise.

En effet, la faculté d’apprendre (2) ne relève pas d’une faculté supérieure, mais plutôt d’une application consciencieuse et laborieuse. Il est par exemple possible grâce à un savoir-faire de reproduire ou de copier le style d’un tableau. Ainsi pour Kant, tout ce qui aurait pu être acquis par un apprentissage et donc par l’imitation d’une référence, ne peut pas entrer tout à fait dans le domaine du génie. Cependant, il conçoit qu’une oeuvre d’exceptionnelle qualité puisse servir de modèle et qu’un maître puisse transmettre à son élève une certaine manière de penser. Ce qui fera le « génie » d’une oeuvre c’est bien davantage ce qu’elle exprimera dans sa forme.

 


1) Emmanuel Kant, philosophe allemand (1724-1804). La Critique du Jugement (1790) montre comment la libre production de la beauté réconcilie dans l'oeuvre d'art (qui est "une finalité sans fin") l'entendement, la volonté et la sensibilité.

2) Aujourd'hui, dans les écoles et facultés d'Art, il est devenu trop souvent impossible d'apprendre les techniques du dessin, de la peinture. Les enseignants transmettent, souvent par choix personnel ou plus prosaïquement par manque de savoir-faire, des tendances conceptuelles au risque d'ôter toute alternative à leurs élèves.

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