L'ART ET LA RECOMPENSE

LE LIT DE TRACEY
Une illustration aussi parlante qu'amusante des voies ambiguës et tortueuses de la reconnaissance, qui nous montre que le Libéralisme peut aussi soutenir les mêmes formes d'art que les administrations publiques, à la différence toutefois que lui en est l'initiateur.
L'art contemporain se situe quelque fois étonnamment proche de la mise en scène, mais naturellement sans jamais atteindre les moyens d'Hollywood. L'installation-mise en scène, le plus souvent dépouillée et composée d'objets usagés, constitue encore à l'heure actuelle la condition sine qua non permettant d'obtenir une distinction.

En octobre 1999, The Guardian relate :

Tracey a été appelée d'urgence à la Tate Gallery de Londres pour réinstaller son lit. Un lit aux draps tachés par l'urine, auprès duquel on trouve une petite culotte maculée de sang, un test de grossesse, des préservatifs usagés, des plaquettes de pilules contraceptives, des bouteilles de vodka et des serviettes hygiéniques.

Dans ce lit, Tracey Emin a vécu huit jours très pénibles après avoir été laissée par son ami. Comme exutoire, elle décida alors de le conserver, tel quel, sous forme d'installation, pour ensuite le proposer au Turner Art Prize et remporter le prix de 200 000 F.
My Bed, d'après les personnes autorisées du musée est une oeuvre forte, de vérité, qui souligne une « innocence sous-jacente »... Mais ce point de vue n'a semble-t-il pas totalement convaincu les deux artistes chinois qui, ce dimanche 24 octobre, ont malicieusement sauté sur My Bed pour engager une bataille de polochons.

Le prestigieux prix Turner est régulièrement réévalué. En 2001, un chèque de  300 000 F a récompensé la réalisation d'art contemporain jugée la plus séduisante de l'année.
C'est Martin Creed qui remporte le célèbre prix . Son oeuvre montre une pièce avec quatre murs blancs et, au plafond, l'incontournable néon qui s'allume et s'éteint toutes les cinq secondes. L'installation s'appelle très justement "The Light Going On and Off". Un panneau explicatif stipule que l'oeuvre a été réalisée par un artiste issu d'une des écoles d'art les plus réputées de Londres.
Cette année là, le jury composé notamment du directeur de la Tate et d'un conservateur du MoMA à New York, a délibéré pendant cinq heures pour tomber unanimement d'accord : le court-circuit de Martin Creed est une proposition « audacieuse, ambitieuse et rafraîchissante ». Habituellement, c'est le discours qui sauve ce type de démarche minimaliste. Mais Martin Creed n'en a pas. Quand on lui a demandé d'expliquer son oeuvre, il a répondu laconiquement que c'est tout simplement ce que l'on voit : une lampe qui s'allume et qui s'éteint.

"lI est possible que cette installation ne dise rien, mais elle sera toujours aussi intéressante que des films sans scénario et des planches en bois", rapporte circonspect The Times à propos des autres oeuvres concurrentes.
Cet ensemble qui constitue pour le jury-critique une oeuvre unique, à part entière, digne d'être primée, ne représente pour d'autres, et sans doute la grande majorité, qu'une banale pièce vide à l'éclairage défectueux. Le divorce entre l'art contemporain prôné par la critique autorisée et le public semble ainsi bel et bien consommé.

Marc Veyrat, homonymie et position contraire
projet poursuivi avec i+Posture ou iMPosture ?

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