SUPPORT-SURFACE
 

                
   François Rouan, Tressage papier 1966                Daniel Dezeuze, Sans titre, 1983 FRAC Nord

Viallat, Dezeuze, Devade, Dolla, tous prétendent sans exception démystifier l'objet artistique en manipulant les différentes techniques qui participent pourtant à son élaboration mais aucun ne s'est véritablement opposé à l'achat par l'administration de cette oeuvre démystifiée. De la même façon, les membres soi-disant révolutionnaires de support-surface ont très majoritairement, lorsqu'elle leur était proposée, accepté l'opportunité confortable d'enseigner dans les écoles d'art.
Claude Viallat représente l'archétype même de ces artistes bien installés, d'abord directeur de l'école des Beaux-Arts de Nîmes, puis artiste-enseignant à celle des Beaux-Arts de Paris, celui-ci n'a bien entendu jamais connu les incertitudes du marché et n'a pas davantage remis en cause son état de fonctionnaire privilégié.
A l'occasion, le groupe dispense aussi des conseils et n'hésite pas non plus à baptiser très sérieusement et très pompeusement ses travaux de "peintures fondamentales ou analytiques", mais ce serait sans doute le terme de déconstruction de la peinture qui conviendrait encore le mieux, car lorsque ces travaux s'éloignent du champ décoratif, ils renvoient au niveau du résultat à une matérialité des plus élémentaire.

A partir de 1966, Support-surface souhaitant se forger une image personnelle au goût du jour, passera en revue tous les constituants physiques du tableau de chevalet, à savoir : toile - châssis - cadre.
Cette démarche qui rejette naturellement toute figuration et qui met en avant l'idée - par ailleurs assez primaire - sur le sens - totalement inexistant - a surtout eu la chance ou l'opportunité d'arriver au bon moment. Elle s'inscrit dans la continuité de la réflexion menée quelques décennies auparavant par Matisse à travers sa série des gouaches découpées.
Quoi qu'il en soit, cette manière d'agir aura pour avantage de permettre à ces membres, à défaut de voir leurs oeuvres appréciées du public, au moins d'être reconnus, mais presque exclusivement par des institutions françaises toujours prêtes à souscrire à la dernière mode conceptuelle et minimaliste.
Alors, compte tenu de la pauvreté de la recherche et, d'autre part, du faible intérêt suscité par support-surface, on peut légitimement s'interroger sur ce que retiendra réellement l'histoire de l'art dans quelques années de ce mouvement franco-français ?

Les favoris de la commande publique
Après plus de trente ans de travaux - de doutes - les vitraux contemporains de la cathédrale de Nevers vont être inaugurés officiellement le 9 octobre 2010.
La cathédrale Saint Cyr - Sainte Julitte domine la ville de Nevers, elle connut un destin mouvementé et les bombardements alliés de 1944 détruiront une grande partie de l'édifice, la plupart des vitraux et du mobilier. Les travaux de restauration s'étaleront sur vingt ans avant que le ministère de la Culture ne décide d'un aménagement des vitraux.
Le projet débute en 1976 avec la réalisation des vitraux des trois baies du chœur roman de la cathédrale par trois maîtres verriers d'après des dessins de Raoul Ubac. Achevé après le décès de l'artiste ce premier chantier se poursuivra, sous la présidence de françois Mitterrand, avec d'autres artistes et d'autres maîtres verriers. Les vitraux du transept roman seront conçus par Jean-Michel Alberola, le seul artiste ayant apporté une réponse figurative et en rapport avec l'édifice ; ceux des fenêtres basses de la nef seront de François Rouan et ceux de la partie haute du minimaliste Gottfried Honneger. La place de choix, le choeur gothique, étant dévolu aux empreintes répétitives de Claude Viallat, ici supposées évoquer la Jérusalem céleste et "faire vivre la pierre" ?
Qu'on ne se méprenne pas. Si le résultat peut paraître flatteur, il le serait tout autant avec d'autres projets, des dessins d'enfants même, le savoir-faire des maîtres verriers, le jeu de la lumière, le lieu également, étant assurément davantage la cause de l’effet spectaculaire.

EPILOGUE

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La critique de Jacky Kooken

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