Un édifiant programme

Discours de Renaud Donnedieu de Vabres
Extraits : Conférence de presse Arts plastiques

lundi, 23 octobre 2006

Une association de préfiguration vient d’être constituée, sous la présidence de Daniel Janicot, Conseiller d'État, pour la création d’un nouvel équipement innovant au service de l’art et du public, érigé sur la pointe aval de l’Ile Seguin, à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine : le Centre Européen de Création Contemporaine.
L’Etat s’implique fortement dans ce projet, puisqu’il participe dès 2007 au budget d’études à hauteur de 600 000 euros, et participera au budget de réalisation à hauteur de 50 millions d’euros, sur les 100 millions estimés. Le programme sera rendu et les appels d’offre lancés à la fin de l’année 2007.

En ce qui concerne les collections publiques, l’Etat participe à plusieurs chantiers de constructions de nouveaux Frac. Tout d’abord, les travaux du FRAC Bretagne, conçu par l'architecte Odile Decq, qui ouvrira en 2008. Il sera situé au sein de la rénovation urbaine du site de Beauregard, près de l'extraordinaire commande publique d’Aurélie Nemours, L'alignement du XXIe siècle, inaugurée en 2006. La participation de l’Etat s’élève à 3,25 millions d’euros, sur un budget total de 9,8 millions d’euros.

Les études concernant le FRAC Centre à Orléans sont également lancées, après le choix par la Région Centre, le 6 octobre dernier, des architectes Dominique Jakob et Brendan McFarlane, pour une inauguration prévue fin 2009. L’Etat participe à hauteur de 3,2 millions d’euros au budget total de travaux qui s’élève à 8,9 millions d’euros.

L’Etat finance également, à hauteur de 1,5 million d’euros, sur un budget total de 4,5 millions d’euros, la réhabilitation et l’extension du centre d’art contemporain « Le Consortium » à Dijon, pour une inauguration fin 2008, sous la direction de l’architecte Shigeru Ban.

L’Etat favorise aussi la diffusion de la création contemporaine en régions, en accompagnant la création du Point du Jour, à Cherbourg, centre d'art contemporain consacré à la photographie, dont l'ouverture est prévue à la fin de l'année 2007.
Il finance également une partie des études de faisabilité concernant la création à Dijon d’un pôle réunissant, sur un même site, le FRAC Bourgogne, l’Ecole nationale supérieure d’art de Dijon, et la future Médiathèque de la ville. Pour ce pôle, l’étude vient d’être rendue et sa réalisation est inscrite au contrat de projet Etat-Région (CPER) pour 1,5 M€.

L’Etat maintient enfin son engagement sur les crédits alloués aux FRAC en partenariat avec les régions. Nés progressivement à partir de 1982, dans le cadre de la décentralisation qui a donné aux régions plus de responsabilités, les FRAC sont aujourd'hui présents dans toutes les régions de France métropolitaine, ainsi qu'à la Martinique et à la Réunion. La part du budget alloué par l'Etat a été multiplié par trois depuis leur création.
Contrairement aux prophètes de mauvais augure, je souhaite donc confirmer l'engagement de l'Etat aux côtés des régions, aussi bien sur les crédits de fonctionnement que sur les crédits d'acquisition, et accompagner les collectivités dans leurs projets de ré-implantation et de construction.

J’ai souhaité que le Grand Palais, rénové, retrouve sa vocation première, de faire rayonner la France dans le monde entier, et j’ai décidé d’offrir, tous les ans, sa nef de verre et d’acier à un grand artiste. Cette manifestation présentera, sur les trois premières années, les œuvres d’Anselm Kiefer en mai-juin 2007, de Richard Serra au printemps 2008 et de Christian Boltanski en hiver 2009.

Je suis conscient du rôle fondamental qu’occupe l’artiste dans l’espace public et j’ai fait de la commande publique l’une des priorités de mon action, en étroite collaboration avec les collectivités territoriales et les différents partenaires de l'Etat en régions, ainsi que les établissements publics et les partenaires privés, que je remercie.
Parmi les commandes qui, conduites par la Délégation aux arts plastiques et le Centre national des arts plastiques, ont été achevées récemment ou seront prochainement inaugurées, fin 2006 et en 2007, je citerai :
L’extraordinaire installation de l’artiste brésilien Ernesto Neto, qui a récemment investi le Panthéon, exemple de partenariat avec le Festival d’Automne, et dans le même esprit, l’œuvre commune de Miguel Barcelo et Josef Nadj pour le Festival d’Avignon.
L’inauguration le 1er décembre prochain, lors de la Journée mondiale contre le SIDA, de l’œuvre de Fabrice Hyber à la Villette, l'ARTERE. Cette commande a été réalisée en association avec l’établissement public de la Villette, l’association « Ensemble contre le sida » et la Ville de Paris.
L’œuvre de Bernard Piffaretti, créée pour la Salle d'Audience de la Cour administrative d’appel de Paris à l'Hôtel de Beauvais, en partenariat avec le ministère de la Justice, qui sera inaugurée début 2007...

A côté de la commande publique, qui mobilise près de 4 millions d’euros, près de 6 millions d’euros supplémentaires pourront désormais être mobilisés chaque année au titre du 1% artistique grâce à la nouvelle procédure obligatoire, désormais officielle depuis la publication d'une circulaire d'application parue le 30 septembre 2006. C’est un outil simplifié, moderne et efficace, qui est à la disposition de l’Etat, des collectivités territoriales et des maîtres d'ouvrage publics, afin de favoriser la présence d’œuvres d’art dans l’espace public. Du fait de cette mesure, plus de 4 millions ont été mobilisés dans ce cadre depuis février 2005.

Parce que l’homme de culture est avant tout « un inventeur d’âmes », selon la belle formule d’Aimé Césaire, nous avons, avec le Ministère de l’Education Nationale, lancé un vaste plan d’action en faveur de l’éducation artistique et culturelle à l’école.
L’éducation artistique et culturelle est désormais inscrite dans le Socle Commun de Connaissances qui définit le contenu de base de l’enseignement scolaire obligatoire. Cela se traduira notamment par une formation appropriée des futurs enseignants, par une mise en perspective internationale de nos initiatives, par la multiplication des jumelages et parrainages entre les lieux d’enseignement et les institutions culturelles dédiées aux différentes disciplines artistiques.
Les deux ministères travaillent ensemble à de nombreuses perspectives et projets, nourris en particulier par les travaux du haut conseil pour l’éducation artistique et culturelle. Parmi eux, la réalisation d’un support pédagogique destiné à initier les collégiens à l'histoire européenne des arts, devra permettre de présenter aux élèves européens les grands courants de la pensée artistique européenne, et de conforter ainsi le sentiment d’appartenance à une culture commune.

Pour sa 33e édition, la Fiac réunira les œuvres de quelque 160 galeries, représentant une vingtaine de pays, et invitera le public à une formidable plongée au cœur de l’art moderne et contemporain.
J’ai souhaité qu’à nouveau l’État soit présent à ce grand rendez-vous, en profitant de la qualité des créations présentées par les galeries, pour enrichir notre patrimoine en acquérant, pour 400.000 euros, un certain nombre d’œuvres exposées.


Projet de loi de finances pour 2008 : Culture


Les arts plastiques

L'action de soutien à la création, à la production et à la diffusion des arts plastiques bénéficiera, en 2008, de 84,15 millions d'euros en crédits de paiement et de 85,2 millions d'euros en autorisations d'engagement. Si l'on exclut les dépenses de personnel, l'augmentation de 4 millions d'euros en crédits de paiement traduit une hausse de 8 % de l'action en faveur des arts plastiques.

(1) Les priorités budgétaires pour 2008

(a) Les grands projets parisiens
Les grands projets prévus en 2008 dans le domaine des arts plastiques concernent :
- l'aménagement d'espaces au Palais de Tokyo, affectés au Centre Pompidou et qui présenteraient des monographies consacrées aux artistes français confirmés, en complément de la vocation de laboratoire de la création la plus contemporaine dévolue au Site de Création du Palais de Tokyo ;
- le projet de l'Ile Seguin, dont le concept repose sur la combinaison de l'accueil d'artistes, l'implantation de galeries et d'espaces d'exposition, dans un lieu regroupant art contemporain, sciences et spectacle vivant.
Précisons que ces deux projets devront être examinés dans le cadre de la révision générale des politiques publiques.

(b) La création de nouvelles structures sur le territoire
En outre, l'implantation des fonds régionaux d'art contemporain (FRAC) dits de « deuxième génération » se poursuivra, en partenariat avec les régions dans le cadre des contrats de projets Etat-région. Ces nouveaux FRAC grâce à de nouveaux locaux permettent de développer leurs missions traditionnelles de constitution, restauration et diffusion régionale des fonds d'art contemporain mais aussi offrent des espaces spécifiques dédiés aux expositions, à la recherche et à la médiation notamment dans le cadre de l'éducation artistique.

La création de la Cité du design à Saint-Etienne sera également soutenue par l'Etat. Le 30 novembre 2006, une délégation de la commission a visité le site, à l'occasion de la Biennale du design. Elle a été très intéressée et impressionnée par la qualité et l'originalité de cet important projet de pôle de culture scientifique, technique et industrielle, porté par notre collègue Michel Thiollière. Cette initiative unique est conçue pour rassembler tous les acteurs concernés par le design, en allant des entreprises au monde économique, culturel, de la recherche, de l'enseignement et de la formation. La commission se réjouit de la perspective de son ouverture, en 2008.

Au total, le ministère consacrera 5,9 millions d'euros d'autorisations d'engagement et 3,9 millions d'euros de crédits de paiement à ces opérations.

(2) Le soutien à l'art contemporain

Rappelons que des mesures fiscales visant à favoriser la création artistique en France sont entrées en vigueur en 2006. Elles concernent les créateurs débutant leur activité, les droits de donation et de succession, le mécénat d'entreprise et la TVA touchant aux installations audiovisuelles, aux oeuvres vidéo et multimédia.
Par ailleurs, la politique du 1 % artistique a permis d'initier 220 projets de 2005 à mi-2007, pour un financement global de 12 millions d'euros.
Enfin, la commission se réjouit de l'abaissement de 3,3 % à 1 % du taux de prélèvement social appliqué par les galeries au titre du droit de suite des artistes ainsi que de l'extension de son assiette aux maisons de vente volontaire. Ces mesures devraient contribuer à l'essor du marché de l'art national et à sa compétitivité internationale, en ramenant cette contribution au niveau européen.

Le Président de la République souhaitant conduire des actions afin de « redresser rapidement le marché de l'art français », la ministre de la culture et de la communication a annoncé, le 21 septembre 2007, un « plan de renouveau pour le marché de l'art ». Elle a évoqué quatre pistes de travail, qui devront être expertisées par M. Martin Bethenod :
- développer le nombre de collectionneurs français, notamment en facilitant la première acquisition d'une oeuvre d'art ;
- favoriser le retour en France de ventes qui s'effectuent à l'étranger ;
- inciter et accompagner les professionnels dans la modernisation de leurs entreprises ;
- enfin, réfléchir aux modalités d'intervention de l'Etat sur le marché de l'art.

(3) L'évolution des modalités d'intervention de l'Etat dans le domaine des arts plastiques

Un rapport d'audit sur les modalités d'intervention de l'Etat dans le domaine des arts plastiques a été rendu en juillet 2006.
Malgré des progrès significatifs en terme de clarification des rôles des acteurs dans la politique des arts plastiques, notamment entre la délégation aux arts plastiques et le Centre national des Arts Plastiques (CNAP), ce rapport relevait :
- des chevauchements et des confusions dans la gestion des dispositifs d'intervention et dans les processus de décision ;
- des difficultés récurrentes de fonctionnement du Fonds National d'Art Contemporain (FNAC) dans la connaissance, la conservation et l'entretien de la collection, d'une part, et dans la politique de diffusion des oeuvres, d'autre part.
Les conclusions du rapport aboutissaient à deux recommandations principales :
- la première portait sur l'évolution du CNAP afin d'accroître la lisibilité de la politique dans le secteur des arts plastiques. L'audit prônait soit la suppression du CNAP (les aides à la création et aux artistes auraient été déconcentrées et la gestion du FNAC confiée à un service à compétence nationale), soit un renforcement de l'autonomie de l'établissement par rapport à sa tutelle (la délégation aux arts plastiques) ;
- la seconde prônait le recentrage du FNAC sur ses missions, en écartant du fonds les oeuvres ayant cessé d'appartenir à l'art contemporain et en améliorant la conservation et la politique de dépôt des collections.
Ces deux recommandations se déclinaient en 7 préconisations opérationnelles pour lesquelles le ministère de la culture et de la communication a proposé un plan d'action en octobre 2006.

Il a opté pour le renforcement de l'autonomie du FNAC. Par conséquent, les relations entre la délégation aux arts plastiques et son principal opérateur ont été clarifiées. Les dispositions concernant la présidence des commissions du CNAP sont en cours d'adaptation. Par ailleurs, un contrat de performance a été signé fin 2006 avec l'établissement ; il reprend les principales préconisations de l'audit. Six objectifs ont été définis, mesurés par des indicateurs :
- inciter à l'innovation et à la diversité de la création ;
- mieux valoriser les artistes et les projets soutenus par le CNAP ;
- améliorer la conservation et la sécurité des oeuvres ;
- améliorer la gestion des dépôts ;
- améliorer la connaissance des collections ;
- développer la diffusion des collections sur le territoire national et à l'étranger.

Enfin, le code du patrimoine a été modifié et un décret modifiant le régime des prêts et dépôts des oeuvres inscrites sur les inventaires du FNAC est en cours de rédaction.


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En complément, la peinture académique, ses institutions et ses règles