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Vers
la mixité des Beaux-Arts
A
partir de 1896, les jeunes femmes auront la possibilité de fréquenter
la bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris et pourront
aussi assister aux cours magistraux de perspective, anatomie et
histoire de l'art, à condition qu'elles aient bien rempli les conditions
d'admission. Elles doivent formuler une requête écrite, être
âgées de quinze à trente ans, et présenter un acte de naissance
ainsi qu'une lettre de recommandation d'un professeur ou d'un artiste
confirmé. Pour les prétendantes étrangères une lettre de leur consulat
ou de leur ambassade.
Cette
ouverture de l'Ecole, relativement peu sélective, est très appréciée non
seulement pour son émulation mais surtout pour son prix de revient.
Rappelons qu'alors, seuls les ateliers ou académie privés offraient
quelques possibilités d'études aux femmes-artistes mais avec des
coûts élevés, généralement deux fois supérieurs à ceux demandés
aux étudiants masculins.
C'est
en 1900, onze ans après la première demande formelle d'admission
aux Beaux-Arts déposée par Madame Bertaux, que les femmes pourront
entrer dans un atelier de l'Ecole ; atelier qui leur sera tout
spécialement
destiné. Celui-ci, sera codifié comme ses homologues masculins et
réglé dans ses moindres détails par des instructions réparties en
quarante deux articles. Pour suivre la tradition établie, un
massier ou plus exactement une massière, représente les intérêts
des élèves de l'atelier. Cette responsable dispose de certains
pouvoirs, elle est habilitée à entretenir un lien entre les étudiantes
et le professeur Humbert, membre de l'Institut, à lui poser des
questions, à risquer quelques objections. Le choix des modèles et
de leurs attitudes, plus ou moins longues en fonction de l'étude
envisagée, étaient déterminés à la majorité, la massière se contentant
d'officialiser matériellement le choix par des marques à la craie
sur l'estrade
réservée à la pose. Celle-ci pouvait encore intervenir lors d'une
éventuelle concurrence concernant la meilleure place, la meilleure
lumière pour dessiner, pour peindre. Trois ans après la fondation
de cet atelier, en 1903, les femmes furent autorisées à se présenter
au Prix de Rome et la première à l'obtenir fut Lucienne Antoinette
Heuvelmans, Prix de Rome de sculpture avec "La soeur d'Oreste
défendant le sommeil de son frère", en 1911. Il n'y aura
qu'un seul atelier de ce type jusqu'à la fin des années vingt. Les
jeunes femmes artistes prendront en quelque sorte leur revanche
dès les années soixante-dix, et deviendront même majoritaires
au niveau des effectifs à la fin des années quatre vingt.

Atelier Sicard, École des Beaux-Arts vers 1917. Les élèves femmes
sont autour de leur professeur, barbu comme il se doit.
Lorsque Madeleine Fessard entre aux
Beaux-Arts en 1917, les femmes n’y sont alors admises qu’avec de nombreuses
restrictions et il s’agit d’un cursus encore rare pour une femme. En effet,
créée en 1796, l’École des Beaux-Arts ne s’ouvrit aux femmes qu’en 1897, mais
sans qu’elles puissent toutefois accéder aux ateliers et aux concours. Dans les années vingt, le nombre de leur entrée « en loge » pour le prix de Rome reste limité, et les conditions qui leur sont faites ne sont pas toujours équitables. L’accès aux mêmes ateliers que les élèves hommes leur reste
notamment fermé pour « inconvenance ». Madeleine entre en 1917 dans l’atelier
de Marqueste. Elle est également mentionnée parmi les élèves femmes de Ségoffin.
Elle figure aussi sur la liste des élèves de François Sicard (1862 - 1934), prix
de Rome, qui sera le créateur du Monument aux Morts de Fécamp (1923). Reçue à
titre temporaire le 13 mai 1921, elle le sera à titre définitif le 8 décembre
1924, grâce à une troisième seconde médaille au concours de la figure
modelée.

Cf/
L'Entrée des femmes à l'Ecole des Beaux-Arts 1880-1923 - Marina
Sauer - énsba-a 1991 / Les Musées de Haute-Normandie
 Une séance de modèle
vivant dans un atelier de l'académie Julian.
Certes, en écrivant cette délicate comédie, la Massière, que
l'Illustration va publier dans un de ses plus prochains numéros, M. Jules
Lemaitre n'eut pas un seul moment la pensée de donner une pièce à clef, et la
malignité des spectateurs chercherait en vain à mettre un autre nom, connu, sur
la figure de Marèze, bon peintre et brave homme, en dépit de sa pointe de
fatuité. Toutefois, les artistes, tout Parisien ayant côtoyé, si peu que ce
soit, le monde des arts, ont reconnu sans peine le cadre pittoresque et amusant
où se déroule une partie de la pièce: «l'atelier Justinien» du premier acte,
c'est, bien évidemment, l'un des ateliers Julian.
 Les cinq massières des
ateliers Julian.--Photographies Bouffar.
Et on l'a si bien vu qu'on a, dès le premier jour, rappelé que la principale
interprète de la Massière était dans des conditions excellentes pour jouer au
naturel toute une partie du rôle. Mlle Marthe Brandès, en effet, fut
elle-même élève de l'académie Julian. Elle eut sa place, son tabouret de bois grossier, son chevalet, dans le
demi-cercle des jeunes filles, plus ou moins appliquées, groupées autour de la
table à modèle. Elle connut, bien avant de jouer leur rôle au théâtre, des
massières, de vraies massières, qui lui arrangeaient ses petites natures mortes,
au besoin lui corrigeaient ses dessins, la conseillaient, si elle le demandait,
remplissaient, avec zèle, en bonnes camarades, le rôle de «moniteurs». Elle passa. Brilla-t-elle ? Je le demandais l'autre jour à M. Rodolphe Julian lui-même, le fondateur de
cette école libre qui, autant, plus peut-être, que l'officielle École des
beaux-arts, a contribué à faire de Paris un centre unique pour l'enseignement
artistique, a dérivé, capté les courants qui portaient jadis les jeunes artistes
désireux d'apprendre leur métier vers l'Italie, vers l'Allemagne, à Munich, à
Dusseldorf. Quels souvenirs charmants à feuilleter que ceux de M. Julian ! Que de
gracieuses, d'exquises silhouettes il évoque, rien qu'à prononcer les noms de
quelques-unes de ses élèves : de la plus tapageusement célèbre de toutes,
Mlle Bashkirtsef, à la princesse Terka Iablonovska, aujourd'hui
Mme Maurice Bernhardt; de Mme Jules Ferry à
Mlle Canrobert, qu'accompagnait souvent le maréchal lui-même ; de
Mlle Carpeaux, la fille du génial sculpteur, à Mlle Cécile
Baudry, héritière aussi du nom d'un grand artiste; et Mme la
princesse Murat, et Mme Henri Rochefort, condisciples à l'atelier de
MM. Bouguereau et Gabriel Ferrier, rue de Berri; la comtesse Demidoff et miss
Maud Gonne: Mlles Basponi, nièces de la princesse Mathilde, et
Mlle Pauline de Bassano, mêlées à des femmes peintres célèbres
d'aujourd'hui ou de demain, à Mme Jacques Marie, à Mme
Baudry-Saurel, femme aujourd'hui de M. Julian et professeur à l'école, à
Mlle Louise Breslau, à cette exquise Mlle Dufau. Mais Mlle Marthe Brandès, insistai-je. Elle resta, dit M. Julian, peu de temps notre élève. Elle eut pour maître
Cot, l'auteur de la populaire Mireille, et je crois, Tony Robert Fleury.
Elle était douée, en vérité. Peut-être courait-elle trop de lièvres à la fois,
travaillant de front le chant, la peinture, la comédie. Elle eut son prix au
Conservatoire. Elle nous quitta. Mais elle était délicieuse. Au milieu même de
cette phalange de jeunes et jolies Américaines qui emplissait l'atelier, elle
rayonnait. Elle était la beauté, le charme, le printemps !
Et, ainsi, l'on pourrait dire, paraphrasant l'épitaphe antique «Elle dessina
et plut». G. B.
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