Espoir et désespoir de reconnaissance d'un artiste méritant parmi quelques autres.
Mais face à un marché de l'art de plus en plus cynique et hypothétique existe-t-il vraiment une solution
, autre que celle imposée par le pouvoir de l'argent et celle de l'impérieuse nécessité de connaître des "riches" ou, éventuellement, des politiques et haut-fonctionnaires ?

Michel Philippart

L'une des difficultés actuelles des Arts Plastiques, depuis 1980, réside probablement dans une absence d'autocensure, avec une multiplication des lieux d'exposition et une valorisation excessive de toutes les productions. Plus aucun critère de qualité ou de sélection n'est accepté. Demande-t-on à un musicien, qui pratique son instrument depuis trois ou cinq ans, de donner un concert ? Cette absence d'exigence dans les Arts Plastiques laisse le champ libre à nombre d'artistes et de fonctionnaires de l'art contemporain : Tout est possible, plus personne n'a le droit de juger, d'établir des hiérarchies. Les seuls critères deviennent "vendable ou pas?" ou pire "subventionnable ou pas ?". cf/ fasc.1

...Après avoir contacté plusieurs galeries parisiennes sans grand succès, je me suis tourné vers les institutions publiques.
Philippe Hardy, alors directeur du FRAC bourgogne, me fixa un rendez-vous dans son bureau à Dijon. Je me déplace donc de Nevers avec six tableaux. Après les avoir regardés attentivement et écouté mes explications monsieur Hardy me déclara dubitatif : "Je comprends très bien votre démarche, mais comment pouvez-vous prétendre à tant de messages ? Tant de signes et de complexité dans chaque pièce ! Les artistes contemporains épurent les lignes, les couleurs, simplifient pour ne garder que le trait essentiel et ils laissent parler les autres pour eux..."
Pour mon interlocuteur j'en avais trop fait. Aimable et imperméable, il reprit les anciennes théories sur l'art contemporain. Aucune évolution ne parviendrait de lui, confirmant que la recherche individuelle ne peut pas dépendre de ces "bureaucrates-spécialistes", habitués à ce que les jeunes artistes leur présentent des "pièces" conçues selon les normes en vigueur.

Quelques années plus tard, en 2000, j'envoie un dossier présentant mon travail des dix dernières années à Danièle Yvergniaux, nouvelle directrice du Centre d'art contemporain de Pougues-les-Eaux. Après un courrier de rappel, adressé sous couvert du Conseil Général de la Nièvre, financeur du Centre, la réaction de la responsable du Centre fut rapide et laconique : " Vos démarches artistiques sont très classiques et la relation aux spectateurs peu innovante..."
Une telle affirmation péremptoire peut surprendre. Cette fonctionnaire, qui n'a jamais accepté de me rencontrer ni de regarder mes peintures, ne gère pourtant pas une institution privée et sa fonction de responsable d'un lieu culturel public implique un devoir de curiosité, d'information. Visiter les créateurs locaux est dans son rôle, sans pour autant, bien entendu, s'engager à les exposer. Un sectarisme borné qui n'honore pas sa profession.
J'ai contacté, maintes fois, des fonctionnaires des arts plastiques. Leur vision étriquée et leur absence d'initiatives sont remarquables. Sans doute n'ai-je pas fait connaissance des meilleurs... mais contrairement à eux, je n'ai pas acquis pour autant la certitude d'être dans le vrai et mes doutes demeurent permanents ; le pire serait de croire avoir réussi et de ne plus chercher.

Mes démarches auprès de la presse spécialisée n'ont pas été plus fructueuses.
Première tentative en 1992, lors de ma période géométrique. Alain Cueff, rédacteur en chef à l'époque de Beaux-Arts magazine, me retourna rapidement mon dossier avec ces quelques phrases : " Le rôle de Beaux-Arts n'étant pas celui de découvreur, mais celui d'informer, nous ne pouvons nous permettre d'émettre une opinion sur votre oeuvre". Quelle réponse navrante et décourageante ! Une situation très claire : une revue d'art ne peut pas donner d'avis personnel, elle rend compte que de l'actualité des musées et galeries...
Quant à "Art Actuel", une revue dont je suis abonné depuis sa création, la réponse de Jean-Pierre Frimbois son rédacteur en chef sur une demande de reportage pour mon exposition Multilieux à Nevers, en janvier 2007, fut la suivante : "Je le voudrait bien, monsieur, mais nous n'avons déjà pas la place d'inclure tous les articles concernant les expositions qui insèrent un encart publicitaire..." Il rajouta, désolé pour moi, que je ne bénéficiais d'aucun soutien professionnel et que de toutes façons, à Nevers, il ne se passe rien en Art !"

Michel Philippart, extraits du Fascicule numéro trois


Témoignages : 
Le miroir aux alouettes
Léon GARD, Marc VERAT, Fred FOREST, Jacky KOOKEN, ALDEHI, Jean-Claude LARDROT,
Pierre DANCETTEMarie-Claude PIETTE, Marie BASHKIRTSEFF, et DIVERS

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