La peinture moderne et la peinture actuelle ont la plupart du temps évacué le sujet. Au contraire, celui-ci est omniprésent dans l'art académique et pompier.
Le Nu se trouve ainsi justifié par la mythologie, par la scène orientale, par la fantaisie parfois même incongrue.
Le critique d'art de l'époque, Gaston Schéfer, commente avec lyrisme les peintures exposées en mai et juin 1896 aux Palais des Champs-Elysées et du Champs-de-Mars, mais sans trop parler d'érotisme, thème encore tabou.

A.F. Gorguet - Paphos
A.F. Gorguet continue ses essais de conciliation entre le classique et le moderne. Cette fois encore la tentative a réussi. Le mélange du nu et du costume moderne se prête aux plus heureuses combinaisons du dessin et de la couleur. Paphos fut l'île de voluptés, l'îles de tous les amours.
L'exacte peinture des délires antiques ferait frémir nos regards modernes accoutumés à d'honnêtes moyennes de sentiments et d'idées. Le peintre l'a compris, aussi a-t-il mis dans ces groupes féminisés je ne sais quelle grâce chaste, qui est pour nous un charme nouveau et une atténuation nécessaire.

P. Dupuis - Ondine jouant dans les flots.
Qu'on ne cherche pas cette ondine sur les plages normandes ou bretonnes ; on n'en trouverait pas de si charmantes. Celle-ci est une des divinités qui peuplent le fond des mers, une des nymphes qui habitent les grottes de l'Océan.
De temps à autre, elles montent à la surface des flots et jouent mollement sur la crête des vagues afin d'attirer les imprudents séduits par leur beauté. Elles symbolisent aussi l'attrait invincible de la mer sur tout ceux qui la regardent trop longtemps.

Sarkis Diranian - Repos dans une piscine orientale.
A de rares exceptions près, la vie de la femme d'Orient est le repos. Qui comptera les journées qu'elle passe au bain, étendue sur un tapis, au bord des piscines de marbre ? C'est là que s'écoulent les meilleures heures de son existence. Elle les occupe à manger des fruits, à fumer le narguilé persan, à causer avec des amies des riens innombrables qui forment la trame de leur vie.
En Orient, les heures s'écoulent si vite qu'on arrive au terme de son âge sans s'être aperçu qu'on l'a consommé.

J-G. Bondoux - La poursuite de la chimère.
Tout homme poursuit sa chimère ; tout homme a dans son âme l'image charmante de la femme ailée qu'il cherche à saisir. Et tous égaux dans cette charge effrénée, rois, doges, fous, artistes bondissent à travers la forêt symbolique de la vie où Dante s'égara jadis. Qui saisira le papillon qui fuit éternellement devant les mains tendues ? personne.

Léon Perrault - Nymphe
L'artiste n'a pas donné de nom à la nymphe qu'il a peinte, couchée sur la mousse des bois. Mais on la reconnaît pour une Hamadryade, cette nymphe qui naissait en même temps que les chênes et mourait de leur mort. On prétend qu'en les surprenant dans leur nudité, l'homme s'expose à être frappé de démence. Mais toujours ils se sont rencontrés pour braver ce danger, symbole de l'invincible attrait de la beauté et du délire qu'il porte dans l'âme.

 

Daniel Tixier - Coquetterie
Eve fut perdue par la coquetterie ; les filles d'Eve ne sont plus si curieuses, n'ayant probablement plus rien à apprendre. Mais il leur reste la coquetterie et c'en est assez pour leur propre perdition et celles des hommes. Cette belle nymphe a trouvé une source pour s'y mirer. Elle a cueilli une fleur pour la poser sur ses cheveux et paraître encore plus charmante. C'est sa première leçon de séduction et c'est la nature qui lui offre.

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Le Nu académique


Marc VERAT - Index
L'Art Académique - Synopsis