L'histoire du Salon à la fin XIXème

La peinture, au sens propre du terme, fait sans aucun doute partie d'une des plus grandes traditions de toute l’histoire humaine. Pourtant, depuis une centaine d’années, elle subit de la part de quelques intellectuels influents - et en particulier la peinture de la seconde moitié du XIXème siècle - des attaques renouvelées et impitoyables. Ni la littérature, ni la musique, ni aucun autre domaine culturel n'a connu une telle mise à l'index. Les tableaux hier primés, appréciés par la grande majorité du public, et achetés par l'Etat se sont trouvés, après la reconnaissance de Cézanne et Picasso, remisés et complètement dévalorisés. Sort immérité et la plupart du temps injustifié.
En effet, ces tableaux qualifiés avec dédain de "pompier" font souvent preuve, non seulement de maîtrise technique, mais aussi d'imagination, de diversité, de fantaisie ; bref, de tout ce qui constitue l'essence même d'une authentique oeuvre d'art. Tous les sujets sont abordés - paysage, nu, scènes de genre et d'histoire - et à bien des égards, il ne serait pas absurde de considérer le XIXème siècle comme étant véritablement celui de l'âge d'or de la peinture en France.

Il faut considérer la sélection au Salon, qui apporte son lot de mécontentement et de déception, comme une fatalité. L'espace d'exposition du Palais des Champs-Elysées à Paris a forcément des limites et l'envie de visite du public aussi.
En 1863, 1915 oeuvres font partie de la sélection mais environ 3000 sont refusées.
Le Salon du 10 mai 1872 comporte 2067 oeuvres. Elles passent de 3657 en 1874 à 5895 en 1879. Le Salon de 1886 recense 7289 numéros dont 3957 peintures et 701 sculptures, cette sélection semble atteindre un record au niveau de la quantité des oeuvres exposées.
Sur la multitude des oeuvres montrées, certaines - mais à bien y regarder assez minoritaires - présentent des compositions mièvres et quelque peu primaires, cependant l'ensemble reflète une production homogène, exclusivement figurative et, pour les peintures, toujours soigneusement encadrées. En nombre, le paysage et le portrait devancent le nu, la scène de genre et la peinture d'histoire en perte d'intéret. La nature morte quant à elle se trouve assez peu traitée.

Au Salon, tous les courants sont représentés de la tradition ingresque en passant par des variantes orientalistes ou symbolistes, sans oublier le naturalisme très en vogue affirmé par la présence de Jules Breton ou de Jules Bastien-Lepage. Seuls, les impressionnistes ont quelque peine à se faire accepter.
Le Salon demeure le lieu primordial où il faut se montrer. Néanmoins à la fin des années 1870 commence à apparaître un marché de l'art à travers les ventes publiques et quelques galeries privées.

De 1849 à 1880 , le jury du Salon qui est élu de manière démocratique par ses pairs, mais avec de nombreuses variations allant même jusqu'au tirage au sort, adopte donc un fonctionnement plus ouvert et plus libre que celui de nos jours pratiqué par l'art contemporain.
Les résultats montrent une grande cohérence entre les années quel que soit le système de nomination ou d'élection. Les peintres au style académique sont reconnus aussi bien par le pouvoir que par le public et leurs pairs (Cabanel, Gérôme, Fromentin, Meissonier, Delacroix...)
Il faut savoir cependant :
- Que des académiciens ont été momentanément refusés au Salon tels Ingres, Delacroix ou Turpin de Crissé.
- Que les critiques arrivent tôt, que des attaques acerbes sont déjà menées contre certaines peintures académiques.
- Que les paysages sont bien représentés au Salon et que le peintre pré-impressionniste Ziem, fait partie du jury élu dès 1870. Il a permis à Monet de placer une peinture au Salon.

En 1881, une réforme s'impose la "Société des Artistes Français".
Afin de libérer l'Etat de l'organisation annuelle du Salon la "
Société des Artistes Français" voit le jour. Celle-ci a pour vocation de prendre en charge le Salon et de rompre les liens qui, depuis longtemps et d'une manière sans cesse plus conflictuelle, unissaient les directions des Beaux-Arts avec les artistes. L'administration ayant renoncé à la plupart de ses prérogatives, les effets de cette libération ne tardent pas à se faire sentir ; chaque artiste peut désormais remettre en cause les décisions collégiales. Dès lors les scissions se multiplient dans un paysage culturel où l'ancien Salon et ses substituts comme le Salon des Indépendants voient diminuer leur prestige et se réduire leurs rôles.
Les artistes ont finalement mis l'outil de leur promotion collective au second plan en misant surtout sur une réussite individuelle. Ils se livrent donc aux toutes nouvelles galeries, initiant une nouvelle histoire appelée, elle aussi, à de grandes réussites et à de non moins grands conflits.

Parmi les exposants du pléthorique Salon de 1886, on remarque pour une dernière fois une toile de Monet qui bénéficie d'ailleurs d'un commentaire élogieux de la part de l'ancien directeur des Beaux-Arts, Philippe de Chennevièvres. Monet décidera ensuite d'abandonner le Salon pour profiter du système des galeries en plein essor, et préférera exposer chez Paul Durand-Ruel avant de montrer ses peintures chez Georges Petit ou chez Gaston Bernheim, jouant de la rivalité des marchands pour promouvoir sa peinture.
Afin de pouvoir se retrouver dans cette prolifération d'oeuvres un éditeur parisien "Chérié" publie cette même année un guide du Salon de Paris totalement nouveau dans sa conception. L'accrochage de chaque salle est reporté sur les dépliants où les oeuvres apparaissent sous leurs numéros ; chaque plan renvoie à des listes et à des commentaires de jeunes critiques comme Edouard Drumont de La Liberté, Louis Enault de La Presse, Olivier Merson de Journal Illustré...

(cf / Dominique Lobstein - Les Salons au XIXème)
 

Aperçu des achats d'état au Salon, fin XIXème
année 1878, 111 achats

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