Les Peintres académiques et le Salon

Peu avant la Première Guerre Mondiale, l'art de la Belle Epoque a été appelé "Pompier" par dérision, à partir du moment où les peintres impressionnistes ont triomphé après avoir eux-mêmes subi les moqueries du public durant quelques années.
Les peintres académiques ne méritent certainement pas la méprisable appellation de "Pompiers" car ils ne sont pas dépourvus de talent dans l'ensemble. En fait, leur tort c'est surtout d'avoir été les récipiendaires de commandes officielles, ce qui leur vaudra d'être contestés par ceux qui n'ont pas été retenus par le jury du Salon et qui se sont donc trouvés exclus des achats et de la reconnaissance publics.
En plus, on classa dans la catégorie des "Pompiers" des artistes qui firent souvent preuve d'originalité et d'audace dans leurs oeuvres comme Gustave Moreau ou Puvis de Chavannes, alors que d'autres représentants de l'académisme tels que Meissonier, Carolus-Duran ou Bouguereau ne se limitèrent pas pour autant à produire de mièvres images.
Tous ces peintres ou presque avaient une technique très aboutie et une grande culture artistique.
L
es peintres officiels étaient non seulement appréciés de la bourgeoisie, de la majorité de la critique, mais également par un large public. Certains bourgeois n'hésitaient pas à collectionner les oeuvres de peintres liés à des courants autres que l'académisme comme l'impressionnisme et il n'était ainsi pas rare de voir se côtoyer dans quelque appartement un Manet à côté d'un Bouguereau.
Après l'apparition des automobiles, le développement de nouvelles techniques et le déclenchement de la Première Guerre Mondiale, les mentalités évolueront. Les Impressionnistes seront portés au pinacle et le Cubisme fera sont apparition. La Belle Epoque se termine et l'académisme avec.

Entre 1850 et 1900, la bourgeoisie de cette époque vécut dans la plus parfaite hypocrisie et dans ce contexte, l'académisme fut un paravent idéal de la morale. Les artistes produisirent ainsi un nombre important de nus épilés qui transformaient les visiteurs masculins du Salon en autant de voyeurs potentiels. Par ailleurs, les peintres académiques furent les représentants de leur temps et la bourgeoisie put à loisir se mirer dans leurs oeuvres qui reflétaient des anecdotes et des histoires.
Les peintres "Pompiers" exaltèrent ainsi les faits d'armes de l'armée française, le sacrifice maternel et filial, avec un réalisme poussé au plus haut point. Les peintres se limitaient au sujet mais en faisant parfois des choix extravagants. Cependant les thèmes retenus représentaient souvent l'état d'esprit d'une large frange de la société d'alors.

Bénéficiant de la bienveillance de l'Etat, les peintres académiques constituent une caste à part. Ils sont invités à toutes les grandes manifestations et vivent dans une atmosphère de vénération avec la complicité de la majorité de la critique. Forts de l'appui des fonctionnaires et des hommes politiques, ces peintres recevront les commandes officielles de la France durant cinquante ans.
Vivant confortablement et formant une communauté bien distincte, les peintres officiels se partageront honneurs et marché.
Parmi les plus en vue : Meissonier peignait des lansquenets et des scènes à la gloire du Premier Empire, Detaille des batailles, Cormon la préhistoire, Jean-Paul Laurens l'histoire de France, Chaplin, Lefebvre et Bouguereau des nus plus ou moins sensuels. Dagnan-Bouveret quant à lui préférait les scènes de banquets, Gervex les petites femmes de Paris, Carolus-Duran les dames plus nobles de la haute société et Bonnat les portraits de présidents de la République. Gérôme, le maître de l'orientalisme, apprécié des anglais et des américains, menait une carrière internationale. Presque tous, enseignaient aux Beaux-Arts, en ateliers privés.
Ces peintres vivaient aussi pour la plupart dans le périmètre du XVIIème arrondissement de Paris nouvellement créé. Leurs ateliers étaient immenses et décorés souvent à l'orientale, très à la mode, ou dans l'esprit médiéval et leurs collections d'objets ou de tableaux étaient impressionnantes.
Ils n'hésitaient pas non plus à s'habiller d'une manière fantaisiste comme Gérôme, Carolus Duran ou Albert Besnard qui se déguisaient en mousquetaires ou en nobles du XVIIème siècle, alors que Bonnat, Bouguereau ou Gervex trouvaient plus original de travailler en redingote.

Toute la vie artistique tournait autour du Salon officiel ou, à partir de 1881 du Salon des Artistes Français, endroit à la mode pour les visiteurs qui attendaient impatiemment cet événement lequel faisait courir le Tout-Paris, surtout lors du vernissage inauguré le matin par le président de la République en personne.
Au Salon s'établissait les réputations à travers les récompenses décernées, lesquelles servaient aussi à établir les cotes des peintres. Le Salon constituait un passage obligé et incontournable vers le succès et de nombreux peintres, plus ou moins indépendants, comme Manet ou Cézanne tentèrent plus d'une fois d'y être admis dans l'espoir d'attirer une nouvelle clientèle.
Le Salon réunissait des tableaux en nombre considérable qui, hormis les sujets, semblaient tous se ressembler par leur figuration. On y voyait des oeuvres d'inspiration biblique, des nymphes, des Madones, des scènes militaires, des mousquetaires, des scènes d'intérieurs avec des ecclésiastiques bons vivants ou des soubrettes, des vues de Paris avec des piétons sur les Grands Boulevards où des endroits fréquentés comme la place de la Concorde, les Champs-Elysées, la Madeleine ou le Bois de Boulogne, des scènes orientalistes, des personnages élégants dans des théâtres ou des cafés, des scènes représentant des ports ou d'autres vantant les travaux de la ferme, des paysages variés et des quantités incroyables de nus féminins.

Mis à part l'état, les collectionneurs privés n'étaient pas très nombreux mais assez fortunés cependant pour acheter chaque année de nombreuses toiles.
Chauchard-Pinault, un ancien calicot qui créa les Grands Magasins du Louvre, fut parmi ceux-là. Disposant d'une fortune considérable, il patronna les arts et acquit plusieurs oeuvres de Meissonier et des dizaines d'autres peintures d'artistes académiques.
Propriétaire de l'Angelus de Millet, entouré d'une cour de flagorneurs, Chauchard-Pinault était d'une incroyable vanité qui frisait parfois le ridicule. Son principal souci fut de prévoir ses obsèques avec plusieurs années d'avance mais ce jour-là (le 10 juin 1909), ses employés manifestèrent au passage de son cortège funèbre après avoir appris qu'il ne leur avait pas légué un centime. Par contre, le mécène avait eu l'heureuse idée d'offrir au musée du Louvre son Angelus, ses Troyon, ses Diaz et ses Meissonier.

En 1890 naquit le Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts à l'initiative de Meissonier qui n'avait pu briguer le poste de président des Artistes Français. Il entraîna à sa suite Gervex, Puvis de Chavannes, Carolus-Duran, Carrière, Besnard, Raffaelli, Boldini et Béraud, le peintre des scènes parisiennes par excellence. Toutefois, la Nationale eut à souffrir quelques années plus tard de la concurrence du Salon d'Automne qui finit par la noyauter. En 1884 avait été également créé le Salon des Indépendants avec Seurat, Odilon Redon et Signac comme chefs de file mais celui-ci fut vite considéré comme une émanation du Salon des Refusés auquel avait pris part les Impressionnistes quelques années auparavant. La création en 1903 du Salon d'Automne inquiéta davantage les membres des Artistes Français puisqu'il s'installa au Grand Palais, malgré l'opposition des académiciens.

Meissonier, peut-être le roi des Pompiers, sera l'un des gardiens vigilants de l'académisme pendant près d'un demi siècle.
Concernant le territoire des "Pompiers", il y avait en premier lieu les peintres d'histoire, puis les sous-traitants de l'histoire et de la mythologie avec ses Vénus et ses nymphes, les décorateurs d'édifices publics, les peintres militaires, les portraitistes, les peintres de paysages.
Meissonier était ainsi considéré comme un maître et jouissait d'un prestige sans égal. Pour lui, les généraux faisaient manoeuvrer leurs troupes et le régime songea même à le faire nommer sénateur à vie.
Il faut dire que sous Napoléon III et jusqu'en 1895, c'était la perfection technique qui faisait surtout l'admiration les amateurs.
Fort d'un succès remporté au Salon de 1836, Meissonier s'attachera sa vie durant à peindre des tableaux d'une minutieuse exécution qu'il vendra à des prix incroyables, comme son tableau "1814" qu'il céda pour 850.000 francs à Chauchard. Malgré une vie fastueuse, il laissera tout de même deux millions à son fils en héritage.
Meissonier, convaincu de son talent, fut l'ennemi juré de toute nouveauté et se chargea également d'écarter de sa route de possibles rivaux. A sa mort, le Kaiser lui-même envoya ses condoléances à Sadi Carnot, en regrettant la disparition d'un homme "qui fut une des grandes gloires de la France et du monde entier". Mais au lendemain de ses funérailles sa cote commença à fluctuer, annonçant 20 ans à l'avance la débâcle des Pompiers.

Les marchands demeurèrent assez rares jusqu'en 1890 et la plupart, même ceux qui défendaient les Impressionnistes, vendaient des oeuvres académiques pour survivre. Parallèlement quelques grandes galeries privées furent ouvertes comme celle de Georges Petit en 1882, laquelle attira toute la société d'amateurs fortunés jusqu'en 1920.
Petit, pour qui Meissonier était le dieu de la peinture, parvint à vendre et à revendre L'Angelus de Millet qui atteignit en dernier ressort la somme d'un million de francs-or. Il fut d'autre part engagé dans une lutte acharnée avec Durand-Ruel et finit par exposer et vendre des oeuvres impressionnistes, plus par nécessité que par goût.

DES ROIS QUI FINIRENT PAR ETRE DETRONES

L'académisme est né avec David, durant ses années d'exil à Bruxelles, mais ce dernier ne voyait sa peinture qu'à travers l'antique. Ingres qui préférait faire référence à Raphaël, notamment lorsqu'il peignit Le Bain Turc, se posa en défenseur acharné de l'académisme, devenant pour ainsi dire le père des "Pompiers".
Ingres avait ainsi imposé un nouveau style malgré certaines libertés prises avec les anatomies de ses sujets. Avec lui était né un courant académique de bon ton alors que Delacroix et les peintres Romantiques avaient essayé en vain d'imposer des réformes au niveau de l'enseignement artistique.
Il y eut ensuite cette longue guerre qui opposa les peintres académiques aux Impressionnistes et qui dura cinquante ans pour aboutir à la défaite des "Pompiers".
Cette guerre se déclencha avec le Salon des Refusés créé en 1863 par Napoléon III qui voulut se montrer bon prince. Cela conduisit à la protestation des artistes officiels et à des commentaires peu amènes de la part des critiques, alors que le public prit l'habitude d'aller s'offrir de franches séances de plaisanteries devant les tableaux des "Refusés".
Manet, dandy bourgeois, fut très affecté d'être ainsi rejeté surtout lorsque son Olympia, exposée au Salon de 1865, fut la cause d'un scandale qui amena les organisateurs à reléguer le tableau dans un recoin obscur du lieu d'exposition. Manet ne fut jamais très lié aux peintres impressionnistes, mais comme eux il apportait une nouvelle conception de la peinture en bousculant les principes de David et de Ingres.

Le public était plutôt inculte et se fiait avant tout aux critiques, lesquels ne se privaient pas de tirer à boulets rouges sur certaines oeuvres et pas uniquement Impressionnistes. Les impressionnistes trouvèrent des défenseurs parmi des écrivains comme Zola, Anatole France ou Octave Mirbeau qui alla jusqu'à acheter deux toiles de fleurs de Van Gogh. D'autres, comme Proust qui admirait autant Helleu que Monet, adoptèrent une voie médiane. Les adversaires les plus convaincus des peintres novateurs furent quelques artistes académiques comme Couture, Cabanel ou Gérôme. Ils empêchèrent autant que faire se peut une certaine nouveauté d'entrer au Salon tout en la discréditant auprès des marchands et des collectionneurs.
Couture qui avait assuré sa gloire en peignant des scènes de la décadence de Rome alors que Cabanel, auréolé par son succès du Salon de 1865 où il avait présenté La Naissance de Vénus, tableau qui fut acheté par l'Empereur et qui lui valut en prime la Légion d'honneur, discrédita les Impressionnistes jusqu'à sa mort en 1889.
Gérôme qui était doté d'un incontestable talent pour peindre des nus, des scènes orientalistes ou historiques, était d'un naturel enjoué et facétieux. Grand voyageur, vivant dans le plus grand des conforts, il n'en resta pas moins un apôtre inflexible de l'académisme. Ennemi des Impressionnistes, il s'opposa avec véhémence à l'acceptation en 1894 du legs Caillebotte par l'Etat. Pour lui, l'Impressionnisme constituait le déshonneur de l'art français et les oeuvres des peintres appartenant à cette mouvance n'étaient rien d'autres que des "ordures".
Parmi les adversaires des Impressionnistes, on peut également citer Gleyre qui eut pourtant Monet, Sisley, Bazille et Renoir comme élèves. Toutefois, ce tenant de l'académisme se montra plus modéré.

En 1889, malgré le triomphe naissant des Impressionnistes, le public admirait surtout les oeuvres des derniers défenseurs de l'académisme, celles de Bastien-Lepage, Roybet, Chartran, Roll ou encore Detaille.
Trente ans plus tard, l'art Pompier était mort mais des critiques s'en prenaient encore aux Impressionnistes et vouaient maintenant le Fauvisme et le Cubisme aux gémonies.
Auparavant, l'académisme avait déjà enregistré des revers sérieux, notamment en 1890 lorsque l'Olympia de Manet fut achetée par l'Etat et lorsque celui-ci accepta quatre ans plus tard le legs Caillebotte.
Mort à 45 ans, Gustave Caillebotte avait légué à l'Etat 67 peintures, dont Le Balcon de Manet, Le Moulin de la Galette de Renoir, deux Cézanne, dix-huit Pissarro, neuf Sisley et trois Degas, et avait demandé que sa collection soit exposée au Luxembourg avant d'être envoyée au Louvre. Ce souhait avait été considéré comme une provocation par les tenants de l'académisme et Renoir, exécuteur testamentaire, dut batailler trois ans pour obtenir qu'une partie du legs soit acceptée alors que onze toiles de Pissarro et huit de Monet furent finalement rejetées.

Plus tard, de nombreux peintres académiques se mirent à adapter l'Impressionnisme à leur manière, tels Gervex ou Carolus-Duran alors que certains nouveaux venus comme Henri Martin et Henri le Sidaner trouvèrent une nouvelle inspiration à travers les Divisionnistes.
Parmi les représentants de l'académisme, certains flirtèrent quelque peu avec l'Impressionnisme tels Alfred Stevens, James Tissot ou Paul César Helleu qui furent les peintres d'un univers "proustien" qui disparut durant la tourmente de la Première Guerre Mondiale.
Estimé par Degas, Stevens se laissa séduire par les sirènes du succès tandis que Guillemet (1842-1918), assez fortuné pour ne pas se montrer agressif vis à vis des novateurs, fit de son mieux pour permettre aux Impressionnistes de mieux se faire connaître.

Parmi les peintres académiques il convient de citer :

- Fernand Cormon, véritable spécialiste de la préhistoire. Cela lui valut un flot de commandes de l'Etat et à 25 ans il était déjà médaille d'or du Salon et à 35 officier de la Légion d'honneur. Devenu célèbre avec "La Fuite de Caïn" en 1880, il fut un des "Pompiers" qui eurent le plus grand nombre d'élèves et il eut le privilège de former certains des peintres les plus novateurs comme Toulouse-Lautrec, van Gogh, les Nabis, Matisse ou Picabia. Au contraire de Meissonier, Cormon se montra conciliant avec les novateurs et l'harmonie régna dans son atelier jusqu'au jour où son élève Emile Bernard, alors âge de 17 ans, se permit de le critiquer violemment et d'inciter ses condisciples à peindre comme les Impressionnistes. Cormon ferma alors son académie puis rompit les ponts avec Matisse et d'autres peintres rebelles.
- Jean-Paul Laurens qui ne peignit pratiquement que des tableaux funèbres tout comme Debat-Ponsan mais qui produisit également des portraits de parlementaires et qui, lorsqu'on lui parlait de Monet rétorquait qu'il n'y avait rien à dire car celui-ci n'avait pas eu comme lui de médaille d'or au Salon.
- Un autre chantre du réalisme fut Francis Tattegrain (1852-1915) alors que Georges Rochegrosse s'était fait une spécialité des scènes babyloniennes pleines de femmes nues. Maniaque de la reconstitution historique, Rochegrosse n'hésita pas à effectuer des voyages en Orient, comme Gérôme, afin de se documenter.
Parmi les autres sous-traitants de l'histoire il y eut aussi Paul Baudry, Roll, Lehman, Lefebvre et Gervex.
- Henri Lehmann peignit les plafonds de l'Hôtel de Ville qui fut détruit dans l'incendie de 1870. Paul Baudry produisit les peintures du foyer de l'Opéra et ne resta pas insensible au nouveau style imposé par les Impressionnistes à la fin de sa vie.
- Gervex sut accommoder à la sauce académique les découvertes des novateurs et devint un peintre mondain fort apprécié. En outre, Gervex ne se montra pas insensible à l'art de Renoir ou de Monet.

Parmi les spécialistes de l'anatomie féminine, peinte souvent d'une manière équivoque, convenant d'ailleurs parfaitement à la lubricité voilée des amateurs, Bouguereau fut, avec Jules Lefebvre et bien plus que Guillaume Seignac, le peintre de la femme par excellence, dans toutes les représentations possibles, mais toujours acceptables. Il n'en fut pas moins contesté par une (encore) petite partie de la critique : Huysmans écrivant un jour au sujet de sa Naissance de Vénus qu'il avait inventé «la peinture gazeuse, la pièce soufflée» et que ce n'était même plus de la porcelaine, mais du «léché flasque...comme de la chair molle de poulpe». Néanmoins, cela n'empêcha pas Bouguereau de vendre ses toiles à prix d'or, entre 100 000 et 150 000 francs, somme atteinte en vente à New York en 1914.
Aujourd'hui ses toiles sont à nouveau recherchées à coups de millions, ce qui démontre que certains "Pompiers" sont maintenant sortis du purgatoire dans lequel on les avait plongés durant près d'un siècle.

En ce qui concerne les tableaux patriotiques, les peintres militaires bénéficièrent de l'esprit de revanche qui anima les Français entre 1870 et 1900 et ne s'embarrassèrent pas de transformer les épisodes les moins glorieux de la guerre en autant de gestes glorieux et héroïques.
- Detaille fut un grand spécialiste des batailles et son tableau "Le Rêve" déclencha des tonnes de littérature revancharde. Elevé dans le culte de Napoléon, il chercha à être l'illustrateur des gloires militaires et séduisit Meissonier qui le prit comme élève. La guerre de 1870 fit sa gloire tout comme celle d'Alphonse de Neuville
(1835-1885) qui fut encore plus apprécié que Detaille comme peintre alors que Poilpot (1848-1915) se situa dans la catégorie inférieure.
En 1965, les oeuvres de ces peintres patriotes ne valaient pourtant plus que quelques centaines de francs dans les salles de vente...

Parmi les peintres paysagistes très nombreux : Harpignies, Cazin, Delpy, Ziem, Jules Breton, Fritz Thaulow, Léon Lhermitte et Bail furent les plus en vues tandis que John Lewis Brown se spécialisa dans la représentation de chevaux et de chiens.
- Harpignies (1819-1916) fut un sacré bon vivant qui eut d'innombrables maîtresses. Ziem (1821-1911) répéta à l'envie des vues du Bosphore une fois le succès venu. Lhermitte (1844-1925) peignit des scènes champêtres dans l'esprit naturaliste.
Spécialistes de la nature morte, Bonvin et Vollon séduisirent une clientèle bourgeoise ravie de trouver les accents de Chardin dans leurs tableaux tandis que Madeleine Lemaire fut considérée comme la Berthe Morisot des académiciens et devint une peintre de fleurs très en vogue avant de mourir complètement oubliée.

- Léon Bonnat (1833-1922), fut un portraitiste au talent reconnu et qui eut le mérite de constituer une belle collection de tableaux qu'il légua au musée de Bayonne, sa ville natale. Ami de Degas, il amassa des dessins de Vinci, La Madone à la Grenade de Botticelli, plusieurs Rembrandt, des études de Rubens, quelques oeuvres de peintres du XIXème siècle comme Ingres ainsi que des bronzes de la Renaissance qui le faisaient trembler d'émotion lorsqu'il les achetait.
Il se montra tolérant envers la nouveauté, sachant apprécier le travail de Degas ou d'autres artistes, mais parfois son esprit " Pompier" reprenait le dessus.
Bonnat critiqua ainsi Toulouse-Lautrec mais fut très amical à l'égard de Othon Friesz et l'encouragea à préparer le Prix de Rome. En outre, il fit campagne pour l'élection de Rodin à l'Académie des Beaux-Arts.

- Carolus Duran (1837-1917), de son vrai nom Charles Durand, était également si vaniteux qu'il se prenait pour l'égal de Vélasquez, ce qui ne l'empêcha pas d'être un portraitiste recherché par la haute société parisienne. Il devint le beau-père de l'auteur de comédies légères Georges Feydeau. Il avait pourtant démarré sa carrière aussi pauvre que Job mais la chance fut à ses côtés plus d'une fois jusqu'au jour où le succès fut au rendez-vous. Il fut malgré tout l'ami de Manet qui peignit son portrait et décora sa maison de Montgeron. S'il se montra très conciliant vis-à-vis des Impressionnistes, il marqua cependant une certaine incompréhension concernant les Fauves et fit campagne contre l'octroi du Grand Palais au Salon d'Automne en 1903. Nanti de nombreuses commandes, il se laissa aller à une certaine facilité qui le priva sans doute d'aller plus loin dans l'élaboration de nombreuses oeuvres.

Parmi les Pompiers il y eut également Théodule Ribot (1849-1891) que Manet admirait et qui peignit des tableaux qui n'étaient pas dénués d'intérêt, Elie Delaunay (1828-1891) qui se consacra souvent à la peinture religieuse, Lévy-Dhurmer (1865-1953), un spécialiste du pastel, Henner, peintre des jeunes femmes rousses, Clairin, qui produisit des nus bien charpentés, Jacques-Emile Blanche, Aman-Jean, Caro-Delvaille, Flameng, Helleu, Boutet de Monvel, Ballavoine et bien d'autres encore qui furent les dernières grandes vedettes du Salon.

- Henner (1829-1905) était un brave Alsacien qui travaillait dans un atelier mal rangé. Malgré les sommes considérables qu'il gagnait, il vivait en économe et plaçait son argent dans des terres. Il se contenta de peindre des femmes rousses se détachant de profil sur un fond flou et uniforme alors que des amateurs quelque peu stupides osèrent le comparer à Giorgione ou au Titien. A 30 ans, il décrocha le Prix de Rome et se consacra au portrait après avoir peint des scènes d'histoire et de la mythologie durant une brève période. En dehors des portraits, il produisit des nus dans une manière qui rappelait celle des maîtres italiens de la Renaissance.
Aujourd'hui, son musée installé boulevard Malesherbes à Paris n'attire qu'une vingtaine de visiteurs par semaine...

- Clairin et Helleu étaient eux très mondains. Le premier était surtout intéressé par le milieu théâtral tandis que le second fréquentaient les grands bourgeois de Londres, Paris, des villes d'eau et des plages à la mode.
Clairin peignit les portraits d'acteurs et d'actrices, notamment celui de Sarah Bernhardt, il la représenta dans différents rôles et tira d'ailleurs sa gloire du portrait qu'il fit d'elle et qui fut acquis pour le Petit Palais. Ami intime de la "vedette" de l'époque (il déjeunait chez elle tous les jours), il la connaissait si bien qu'il n'avait même pas besoin de faire poser Sarah Bernhardt pour la représenter.
Clairin fut également frappé d'une sacrée vanité en se croyant l'égal de Gros et de Delacroix dans la peinture d'histoire.
- Helleu (1859-1927) appréciait l'élégance de son temps et en fut le témoin. Il se montra assez séduisant tout en croulant sous des commandes pour ses dessins et ses pointes sèches mais parvint néanmoins à produire des toiles lumineuses et gaies pour son seul plaisir. Après avoir vu un Manet qui le subjugua, Helleu débuta sa carrière à 15 ans, en se payant des modèles à l'âge où le adolescents s'offraient encore des bonbons, et se montra plus tard proche des Impressionnistes par certains côtés.
Son pêché mignon fut de fréquenter à tout-va des jolies femmes et d'avoir le tort d'être d'un snobisme puant. En vieillissant, il devint coléreux et vindicatif, ce qui lui valut d'avoir de nombreux ennemis. Helleu fut avec James Tissot et Jacques-Emile Blanche l'un de ces artistes de la fin du XIXéme siècle qui eurent la passion de l'Angleterre. Ce portraitiste mondain fut également un amateur d'art plutôt avisé et collectionna des oeuvres de peintres impressionnistes allant jusqu'à apprécier van Gogh. Il admira également Dufy et Marquet juste avant sa mort.
Sa production de graveur lui permit d'avoir un beau succès auprès d'une clientèle américaine fortunée et le seul portrait de la duchesse de Marlborough, née Vanderbilt, lui rapporta cent mille francs, ce qui lui permit de s'offrir un yacht de 180 tonneaux avec 16 hommes d'équipage.

Les peintres espagnols furent nombreux à figurer parmi les Pompiers de Paris comme Frederigo de Madrazo (1815-1894) qui fut le premier maître de Bonnat et le beau-père de Fortuny (1838-1874), José Garcia Ramos, Julio Romero de Torres, Eduardo Leon Garrido ou la Gandara (1862-1917), un hidalgo qui s'affublait de pourpoints de velours noir et qui transformait les femmes plantureuses en autant de déesses diaphanes.
Il y eut également Zuloaga (1870-1945) qui se spécialisa dans les scènes de genre, Miralles, Alonso Perez, Raimondo de Madrazo y Garretta, un Hongrois du nom de Laszlo (1862-1937) qui entreprit une carrière de portraitiste princier dans les Balkans avant de passer par la cour d'Angleterre, les Italiens Giuseppe de Nittis, Vicenzo Irolli, Carlo Brancaccio, Zandomeneghi, Boldini et quelques autres ainsi que l'Américain John Singer Sargent.
- Sargent, homme distingué né à Florence, fréquenta les villes d'art et les casinos et ne découvrit les Etats-Unis qu'à l'âge de 20 ans. Fin, intelligent et cultivé, il devint l'ami de Manet, Rodin, Helleu et de Whistler mais se montra quelque peu distant avec les femmes.

- Alfred Roll décora pour sa part de nombreux édifices. Comblé de commandes il couvrit de morceaux de bravoure laïques et républicains les murs de l'Hôtel de Ville et devenu président de la Société nationale des Beaux-Arts, il n'hésita pas à aider de jeunes artistes en leur confiant une partie des commandes officielles dont il était submergé.

- Jules Lefebvre (1836-1911), académicien respecté et comblé d'honneur, se spécialisa dans la représentation de femmes nues, après avoir commencé dans le genre funéraire. Son tableau "Lady Godiva" fut l'œuvre de sa vie, il le céda pour la modique somme de 10 000 francs au musée d'Amiens, sa ville natale.
Par contre Henri Gervex, vedette du Salon et chantre de la vie parisienne, sut offrir quelques oeuvres étonnantes comme le tableau de "Rolla" qui fit scandale au Salon de 1878 pour immoralité. La peinture représentait une jeune prostituée de quinze ans endormie sur un lit, le corps nu éclairé par les premiers rayons du soleil ; à côté le personnage de Rolla debout, vêtu d'un pantalon et d'une chemise au col ouvert devant la fenêtre ouverte, en train de contempler sa jeune maîtresse.

Jules Lefebvre, Lady Godiva & Eve

Au début de l'an 1000, les habitants de la ville de Coventry en Angleterre menaient une existence difficile, écrasés sous le poids des impôts que prélevait le Comte Léofric de Chester pour financer ses campagnes militaires. Sa jeune épouse Lady Godiva eut pitié de ces gens et implora Léofric de diminuer le taux de taxation. Il accepta à la condition toutefois qu'elle traversa nue la place du marché de Coventry, ce qu'elle fit à cheval, sa longue chevelure dissimulant pudiquement son corps.

Le 14 mars 1834 est né Jules, Joseph Lefebvre, de Toussaint, Martin Lefebvre, boulanger âgé de 29 ans et de Caroline, Adélaïde, Joséphine Duval, son épouse âgée de 28 ans.
Sa famille s'installe à Amiens où le jeune Lefebvre, remarqué pour ses dons artistiques, obtient une bourse annuelle de 1.000 F pour continuer ses études. Il entre en 1852 à l'école des Beaux-Arts.
Il participe au premier Salon de Paris dès 1855. Il concourt ensuite pour le Prix de Rome qui vaut à son gagnant cinq années d'étude à Rome et une réputation lui garantissant une belle carrière. Il obtient le Grand Prix de Rome en 1861 pour son tableau "la mort de Priam".
En 1870, il devient professeur à L'Académie Julian, un atelier qui forma aussi des artistes femmes bien avant que celles-ci ne soient autorisées à suivre les cours de l'école des Beaux Arts. Là, il est dit qu'il insistait particulièrement auprès de ses étudiants sur la précision absolue du dessin. Il devint le professeur préféré des Américains venus étudier à Paris.
Grand Prix de l'exposition universelle de 1889, il devient membre de l'Académie des Beaux-Arts et est élevé au grade de Commandeur de la Légion d'Honneur en 1898.
Jules Lefebvre est décédé le 25 février 1912 à 78 ans.

cf/ www.artcult.fr/_Peintures/Fiche/Art-0-1251189.htm

 sommaire

Aperçu des achats d'état au Salon de 1878


Marc VERAT - Index
L'Art Académique - Synopsis