LIBERTAS ARTIBUS RESTITUTA

 

Accompagné de quelques peintres, dont Nicolas Prévost, Charles Le Brun réclama et obtint en 1648 la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture.

Celle-ci donna naissance au Salon qui constitua par l’intermédiaire des morceaux de réception, propriétés de la monarchie, la base d’une importante et finalement très cohérente collection de tableaux et de sculptures.

 


Charles Le Brun 1619 -1690
The Martyrdom of St. John the Evangelist at the Porta Latina, 1641- 42, oil on canvas
Saint-Nicolas du Chardonnet, Paris

Cette Académie se situe dans l’esprit de celles créées dès la Renaissance à Florence, Rome et Bologne. C’est d’ailleurs à Rome que s’exila Nicolas Poussin dont l’œuvre marque, d'une façon assez significative, le commencement de l’école picturale française. C’est dans cette ville aussi, que tout artiste doit alors en principe approfondir son apprentissage au contact des chefs-d’œuvre de l’Antiquité et de la Renaissance. Dans cet objectif, l’Académie de France à Rome, destinée a accueillir les artistes "étudiants", sera officiellement fondée en 1666 et s'installera définitivement en 1803 dans les locaux de la Villa Médicis.
La devise de l’Académie :
"Libertas artibus restituta" atteste une volonté de libération qui, paradoxalement, lui vient pourtant du pouvoir monarchique absolu, mais celle-ci prendra au fil des ans une valeur toute relative. C’est une monarchie centralisatrice qui accorde à certains peintres leurs nouveaux statuts.
C’est au nom de Louis XIV que Colbert, 20 ans après la fondation de cette Académie, demandera à ses membres jugés trop peu éloquents de discourir sur la peinture afin de légitimer d'une part : son esprit noble, qui doit privilégier l’idée sur la matière et, d'autre part, l'aspect libéral de la discipline qui la démarque définitivement du simple artisanat. La suprématie du dessin - qui n'existe pas dans la nature au contraire de la couleur, du volume et de l'espace - se trouvera tout naturellement consacrée ainsi que la stricte hiérarchie des genres, à savoir : la peinture d’histoire dans son sens large, c'est-à-dire le grand Art avec références historiques, bibliques ou mythologiques, le plus intellectuel, le plus savant - la scène de genre - le portrait - le paysage et, pour finir, la nature morte jugée alors comme mineure.

L'Académie considère l'originalité comme un don natif, strictement individuel, qui n'appartient pas, par définition, au domaine légitime de l'enseignement. Les professeurs font également de cette originalité une disposition psychologique.
Les séances de dessin d'après le naturel - le modèle vivant - ou d'après la bosse - le plâtre antique - ne laissent donc presque aucune part à l'interprétation personnelle. Ces séances sont par ailleurs complétées par un cours de perspective, placé alors sous la direction du graveur Abraham Bosse, par un cours de géométrie et un cours d'anatomie pour lequel l'école de Médecine doit prêter obligatoirement un cadavre. Là se limitait l'enseignement que dispensait l'école académique puis l'école des Beaux-Arts jusqu'à la réforme de 1863.
Le dessin, placé sous l'autorité de douze professeurs en charge un mois dans l'année, en était la base et la fin ponctuées par quelques concours qui culminaient avec le grand concours annuel du Prix de Rome, décerné par l'Académie des Beaux-Arts, et attributif des bourses de séjours à la Villa Médicis.
L'enseignement professionnel, autrement dit la peinture et la sculpture, se donnait uniquement dans des ateliers privés où l'élève pouvait apprendre à broyer les pigments, à passer l'apprêt sur une toile, à travailler un marbre. Cet état de fait perdurera jusqu'à la deuxième moitié du XIXème siècle.

Le classicisme en France, institutionnalisé par l’Académie, se forme pour une part en réaction contre le mouvement baroque. Il prône une application des règles d’harmonie et d’équilibre esthétique en référence aux Grecs et aux Romains. L’art du XVIIIème siècle, sans oublier l’architecture, constitue à proprement parler la période classique.


 Charles Le Brun, The Martyrdom of Saint Andrew 1646-47, The Getty Museum


Nicolas Poussin, Holy Family on the Steps, 1666 - 88
The National Gallery of Art at Washington

LES ACADEMICIENS, la suite logique du classicisme

Lors de l’exposition universelle de 1855, Ingres, mais aussi Delacroix et les peintres attachés aux Salons officiels, dénommés les "Académiciens", obtinrent la plupart des prix. La presse de l’époque ne manqua pas de mentionner et de très souvent valoriser les artistes qui reçurent ces récompenses officielles.
Les Académiciens étaient en conséquence considérés comme les artistes du grand Art et, naturellement, ils étaient peu enclins à d'éventuels changements concernant les canons artistiques. Néanmoins, vers la moitié du XIXème siècle, les critères rigides dictés par l’Académie commencèrent un peu à se détendre et quelques peintres paysagistes purent même partir à Rome.
Le style d’Ingres et de ses successeurs demeurait omniprésent dans les ateliers des Beaux-Arts et aux cimaises des Salons mais les peintures de Delacroix, plus romantiques dans l'esprit et d’une facture plus libre, ainsi que les tenants de l'éclectisme, aux références historiques multiples, possédaient aussi leurs nombreux amateurs, tant privés que publics. Parallèlement, le paysage restait toujours un genre mineur et les innovations des paysagistes de l'école de Barbizon, prémices de l'impressionnisme, suscitaient toujours guère d’intérêt.

La sélection au Salon, biennal puis annuel, le grand et incontournable événement parisien pour prétendre à une quelconque reconnaissance sociale, engendra de plus en plus de mécontentement. En effet, devant l’abondance des oeuvres présentées, environ quatre mille pour le Salon officiel de 1863, le jury crut devoir en écarter plus de la moitié. La réaction fut telle que Napoléon III, ignorant les objections de l’Académie, autorisa la tenue d’une exposition parallèle : le Salon des Refusés. Dès les premiers jours cette manifestation obtint davantage de succès que l’exposition officielle. Curieux mélange d’ancien et de nouveau, de mauvais et de bon, le Salon des Refusés avec ses partisans ou ses opposants suscita de nombreux commentaires.
Parmi les artistes exposants de ces Salons des Refusés, certains comme : Pissarro, Cézanne, Whistler ou encore Manet avec le Déjeuner sur l’herbe, allaient, par la suite, révolutionner l’histoire de l’art et du goût et contribuer à mettre à l'index pour un bon nombre d'années la peinture académique.

Durant le XIXème siècle, le Salon devient un divertissement populaire très couru, et gratuit le dimanche. En 1884, on compte 238.000 visiteurs, en 1887, 562.000. Mais ce siècle est aussi celui des Expositions Universelles ; en 1855, le Pavillon des Beaux-Arts de l'Exposition Universelle de Paris reçoit quelques 982.000 visiteurs.


Theodore Rousseau, 1812 -1867 (Barbizon school)
Springtime, 1860, oil on panel, The Art Institute of Chicago

LE PARADOXE de l'art contemporain
La suppression de la Villa Médicis à l'ordre du jour ?

André Malraux nomme, en 1961, le peintre Balthus directeur de la Villa Médicis ; le Prix de Rome commence alors sérieusement à s’affranchir des règles néo-classiques.
A la suite des événements de Mai 68, l’appellation "Prix de Rome" est supprimée et, dès lors, on peut se poser la question de la légitimité même de l'institution. Depuis 1971, après plus d’un siècle de tutelle par l’Institut, l’Académie de France est rattachée au Ministère de la Culture et les grandes disciplines traditionnelles, architecture, sculpture, musique et surtout peinture, prennent une importance des plus relatives.
De nos jours, le mode de sélection des futurs pensionnaires n’est plus clairement établi, il repose essentiellement sur la constitution et l'examen subjectif d'un dossier personnel. En tout cas, il ne se fonde plus sur des lois académiques considérées comme définitivement dépassées et encore moins sur la reconnaissance d'un public, forcément profane.
Désormais, la Villa Médicis ne semble plus présenter pour les artistes une caution suffisante de réussite, mais elle assure encore un lien avec les réseaux d'influence de l'art et permet sans doute toujours d’obtenir un poste d’enseignant-fonctionnaire dans une institution à caractère plus ou moins culturel. En sachant que la nomination au poste envié de directeur se fait par décret du chef de l'Etat, l'établissement offre surtout des opportunités de reclassement à quelques hauts fonctionnaires ou conseillers politiques, ce qui peut expliquer aussi que même devenue inutile et sans objet, la suppression de la Villa Médicis ne figure pas à l'ordre du jour.

Outre les partisans de l'art moderne, les rares adeptes de l'art contemporain ont très souvent tourné en dérision l'art académique et dénoncé l'ancien système des Beaux-Arts. Pourtant les artistes de la tendance actuelle, qui privilégie le conceptuel ou le minimalisme, bénéficient largement du soutien de l'administration publique, véritable substitut aux Salons officiels du Second Empire et de la Troisième République. Par ailleurs, au contraire de l'art académique finalement en son temps très populaire, cet art contemporain n'a pas ou presque pas de public, son existence en France sans l'appui de l'Etat paraît donc des plus improbable et pour ainsi dire contre nature.

 


 

Vers un art académique, parfois tourné en dérision et alors nommé "pompier", suite