La reconnaissance des artistes à la fin du XIXème siècle

Vers un art académique, parfois tourné en dérision et alors nommé "pompier"

 

La peinture, au sens propre du terme, fait sans aucun doute partie d'une des plus grandes traditions de toute l’histoire des civilisations.
Pourtant, depuis une centaine d’années, elle subit de la part de quelques intellectuels influents - et en particulier la peinture de la seconde moitié du XIXème siècle - des attaques renouvelées et impitoyables.
Ni la littérature, ni la musique, ni aucun autre domaine culturel n'a connu une telle mise à l'index. Les tableaux hier primés, appréciés par la grande majorité du public, et achetés par l'Etat se sont trouvés, après la reconnaissance de Cézanne et Picasso, remisés et complètement dévalorisés. Sort immérité et la plupart du temps injustifié.
En effet, ces tableaux qualifiés avec dédain de "pompier" font souvent preuve, non seulement de maîtrise technique, mais aussi d'imagination, de diversité, de fantaisie ; bref, de tout ce qui constitue l'essence même d'une authentique oeuvre d'art. Tous les sujets sont abordés - paysage, nu, scènes de genre et d'histoire - et à bien des égards, il ne serait pas absurde de considérer le XIXème siècle comme étant véritablement celui de l'age d'or de la peinture en France.

Painting, in the literal sense of the word, is undoubtedly one of the greatest traditions in the history of mankind. Yet, it has been attacked for the past hundred years by a few influential intellectuals. This is especially true of the late 1800s when painting was under renewed ruthless attacks.
Neither literature nor music have been subjected to such blacklisting. Pictures that were formerly prized and appreciated by the vast majority of the public, paintings that used to be bought by the State, were completely ignored and devalued after Picasso and Cézanne gained world-wide recognition. That was an undeserved and, in most cases, an unjustified fate.
Indeed these paintings, disdainfully described as "pompier", not only show technical mastery but also reflect imagination, diversity, fantasy and are living proof of what constitutes the quintessential aspect of a work of art.
All kinds of subjects are dealt with in those paintings - landscapes, nude studies, genre scenes and historic ones - so that in many respects it would not be absurd to declare the XIXth century the real golden age of French painting.

Des exemples types de reconnaissance :
- Jules Lefebvre
Le peintre participe au Salon de Paris dès 1855. Il concourt ensuite pour le Prix de Rome qui vaut à son gagnant cinq années d'étude à Rome avec une réputation lui garantissant généralement une belle carrière. Il obtient ce Grand Prix de Rome en 1861 pour son tableau "La mort de Priam".
En 1870, Jules Lefebvre devient professeur à l'Académie Julian, un atelier qui forme aussi des artistes femmes bien avant que celles-ci ne soient autorisées à suivre les cours de l'école des Beaux-Arts. Là, il est dit qu'il insistait particulièrement auprès des étudiants sur la précision absolue du dessin. Il devint le professeur préféré des américains venus étudier à Paris.
Grand Prix de l'exposition universelle de 1889, il est membre de l'Académie des Beaux-Arts et élevé au grade de Commandeur de la Légion d'Honneur en 1898.
Jules Lefebvre est décédé le 25 février 1912 à 78 ans.
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Antonin Mercié
L'artiste-sculpteur nous montre en 1872, avec son David qui le rendit célèbre dès l'âge de 27 ans, un exemple de la vogue durant la Troisième République pour la sculpture inspirée de la Renaissance florentine. Son jeune héros biblique se distingue par sa grande élégance et sa ligne serpentine. Il est représenté au moment où il remet son épée dans son fourreau après avoir tranché la tête du géant Goliath.
Mercié reçut, pour cet envoi de Rome, une médaille de première classe et la Légion d'honneur alors qu'il était encore pensionnaire à la Villa Médicis.
Mercié est nommé professeur de dessin et de sculpture à l'école des Beaux-Arts de Paris et élu membre de l'Académie française en 1891. Il sera élevé au grade de Grand Officier dans l'ordre de la Légion d'honneur et deviendra en 1913 président de la Société des artistes français. Il meurt à Paris en 1916.

 L'Excommunication de Robert le Pieux, Jean-Paul Laurens 1875

En choisissant ce sujet, le peintre a voulu dénoncer les abus de pouvoir passés et contemporains de l'Église.
Le critique d'art Castagnary commente ainsi le tableau dans son texte sur le Salon de 1875 :
"Comment le pinceau pourrait-il rendre une excommunication ? Je vois que ce roi est abandonné, je vois qu'il est malheureux, mais je ne peux pas voir qu'il est excommunié, parce que l'excommunication, ce n'est ni du dessin, ni de la couleur. Ces réserves faites, il faut louer la gravité de l'ordonnance, la beauté des architectures et la vigueur du modèle... Le groupe des évêques qui s'enfoncent lentement sous le porche de l'église..., est d'une force de style admirable."
Enseignant apprécié de ses élèves à l'école des Beaux-Arts de Paris, Jean-Paul Laurens aura deux fils peintres, Paul et Jean-Pierre, qui seront tous deux enseignants à l'Académie Julian. Il fut médaillé à plusieurs reprises et Chevalier de la Légion d'honneur en 1874.



 
Caïn, Fernand Cormon 1880

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Cet étonnant tableau aux dimensions respectables sera un grand succès du peintre Cormon au Salon de 1880. Inspiré d'un épisode tiré de la Bible, il renvoie aux vers de Victor Hugo écrit en 1859 dans La Légende des Siècles : "Lorsqu'avec ses enfants vêtus de peaux de bête, échevelé, livide au milieu des tempêtes, Caïn se fut enfui devant Jéhovah..."
Cormon de son côté s’était créé une spécialité : la préhistoire. Cela lui valut un flot de commandes de l’Etat et à 25 ans il était déjà médaille d’or du Salon et à 35 Officier de la Légion d’honneur. Devenu célèbre avec "La Fuite de Caïn", il fut un des peintres "Pompiers" qui eurent le plus grand nombre d’élèves et il contribua, entre-autre, à la formation de Toulouse-Lautrec, van Gogh, Matisse ou Picabia, ce qui dénote une certaine ouverture d'esprit.

 


 

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