Jean-Léon Gérôme, Orientalism, born 11 May 1824 - died 1904
 
Student of : Paul Hippolyte Delaroche (1797-1856), Marc-Gabriel-Charles Gleyre (1808-1874)

 


Les vues de face puis de dos

        

Pygmalion et Galatée, vers 1890

A un interlocuteur qui critiquait l'enseignement de l'Ecole des Beaux-Arts, Gérôme rétorqua avec malice qu'il est sans doute bien plus aisé d'être incendiaire que pompier. Gérôme en vieillissant devint le symbole de la réaction. Le triomphe de l'avant-garde qu'il avait combattue devait lui être fatal : il connut une éclipse de près d'un siècle, sort qu'il partagea d'ailleurs avec ses collègues de l'Institut. Son absence dans la plupart des dictionnaires, au contraire de la présence, incontournable, de Van Gogh ou encore Cézanne en constitue la preuve la plus probante.
On l'étiqueta rapidement de peintre officiel. Gérôme bénéficia pourtant d'un nombre réduit de commandes publiques et son œuvre reste très peu présente dans les musées français, à l'exception de celui de sa ville natale, Vesoul.
C'est notamment en ramenant les dimensions des tableaux historiques à celles des "tableaux de boudoirs", selon les termes de Zola, que Gérôme trouve sa voie. Il contribua ainsi à populariser la peinture considérée comme noble et à la rendre accessible à tout un public bourgeois qui va non seulement apprécier ses petites toiles au caractère historique mais aussi celles, plus exotiques et sensuelles, qui mettent en scène des nus. Aux yeux du public de cette fin du XIXème, le sujet reste primordial avant d'être "une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées", selon la définition annonciatrice de la peinture moderne de Maurice Denis.
Pour Gérôme, un tableau doit donc avant tout illustrer une idée et raconter une histoire. Aussi il attachera toujours un grand soin, tant aux choix de ses thèmes qu'aux rassemblements de la documentation afférente.
Les peintures de Gérôme, contre toute attente, sont actuellement de plus en plus recherchées, notamment par les riches collectionneurs américains, elles sont en conséquence parmi les plus chères du marché.

 

         

Vente d’une esclave vers 1884, Musée de l'Ermitage Saint-Pétersbourg - Selling Slaves in Rome, 1886
Afin d'en savoir davantage : cliquez


Ces deux toiles aux dimensions moyennes présentent le même spectacle étonnant, d'abord de face puis de dos : une jeune captive dénudée, au joli corps potelé de statuette de porcelaine, se cache pudiquement le visage. Les mains des Romains se lèvent dans l'espoir d'acquérir cette belle esclave proposée par un marchand ordinaire, alors que d'autres attendent, résignés, tristement leur sort.
Tableaux également chargés de bien des fantasmes masculins. En effet, avec la femme-esclave presque tous les interdits disparaissent, d'ailleurs soyons francs, quel est l'homme qui ne souhaiterait posséder une telle esclave - rien que pour son plaisir - et ne mérite-t-elle pas déjà la fessée ?
Tout comme François Boucher, l'académicien Gérôme aima représenter ses modèles de dos et la première version, exposée lors du Salon de 1884, participa à la renommée de son créateur mais c'est aussi contre ce genre d'oeuvre de salon que quelques uns de ses contemporains, artistes comme critiques, se sont battus.
Emile Zola, qui soutient avec détermination les recherches des impressionnistes dès leurs débuts, écrit au sujet du peintre :
"Non, Monsieur Gérôme, vous n'avez pas peint un tableau, ... c'est une habile représentation, un thème traité avec plus ou moins d'ingéniosité, un produit à la mode ... vous ne savez pas ce qu'est l'ardeur, l'élan tout-puissant qui s'empare des véritables artistes."

 

Phryné before the Areopagus, oil on canvas
31.50 x 50.39 inches / 80 x 128 cm
Kunsthalle, Hamburg, Germany

 

The Serpent Charmer 1880, oil on canvas
33.07 x 48.03 inches / 84 x 122 cm
Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown, Massachusetts

Cf/ Hélène Lafont-Couturier - Gérôme, Ed. Herscher