L'APPEL DU SAHARA

 

 

 

 

Le Sahara africain qui s'étend comme un océan de sable est dix fois grand comme la France, l'ex mère-patrie. Sur cette terre soustraite à la vie, l'homme, en dehors sans doute des nobles Touaregs habitués à la solitude, se trouve confronté au silence, à l'espace, à la mystique de la contemplation.

 

 

Sahara : « le grand désert », tel est son nom pour le nomade et pour le poète. Le plus beau désert du monde, à la majesté duquel nulle âme forte ne peut échapper, offre toujours à l'esprit la fascination de l'infini.
Tache couleur du calcaire des ossements blanchis de Flatters ou de Foucauld étalée au milieu de l'Afrique de nos atlas enfantins, son mystère nous fit rêver.
Grâce à l'avion, chaque jour davantage il nous livre les secrets de sa magie. Ses dunes, modelées et remodelées sans cesse au gré des vents, sont comme un linceul mouvant des civilisations mortes, promises à la découverte des archéologues confondus.
Mer d'or blanc ou roux venant mourir en vagues géantes sur les rivages pierreux du reg, elle devient pour le pilote comme un nuage minéral roulé par les tempêtes.

 

 

Fascination de l'infini marin, fascination du ciel, de l'infini stellaire, fascination du désert sont du même ordre, procédant du même esprit. Saisi de vertige devant une immensité qui le dépasse, une pureté que la vie ne souille pas, l'homme recherche en l'affrontant, un dépassement de lui-même, une transcendance, une purification par cette solitude qui s'offre à lui.
Plus que partout ailleurs, les tempêtes prennent ici une allure de fin du monde. L'atmosphère, elle-même chargée de sable, devient minérale, la lumière tombe et le verset de l'apocalypse vous revient en mémoire :
- Le soleil devint noir comme un sac de crin.
- Le ciel se retira comme un livre qu'on roule.

 

 

L'émeri de sable râpe la peau. Dans un sifflement vertigineux, les vents qui semblent ne devoir jamais finir lancent, jour après jour, les dunes à l'assaut des terres fermes, ils écrêtent les hautes vagues, les jettent sur les caps, corrodent les roches noires qui s'opposent à leur conquête. Lorsque le soleil réapparaît, un paysage nouveau est né : une mer blonde figée, qui ne se retire pas dans le doux froissement liquide des océans, a englouti de nouvelles terres.

                                                                                        Réalité, 5-58    René Hardy