Le déjeuner sur l'herbe

En 1863, le jury du Salon s'était montré particulièrement sévère et refusa environ 3000 tableaux, écartant toute tendance progressiste.
Cette sélection excessive créa des remous ; si bien que Napoléon III lui-même dut intervenir. ll autorisa alors la tenue d'un Salon des refusés, parallèlement au salon officiel, dans une autre section du Palais de l'industrie. C'est à cette occasion que le déjeuner sur l'herbe fut exposé. Aujourd'hui, il apparaît comme le fleuron de la collection Moreau-Nélaton et figure en bonne place au musée d'Orsay.

Dans l'hommage afférent, le modèle licencieux de la peinture de Manet est sorti du tableau pour reprendre une pose semblable, face à celui-ci. La femme à la silhouette plus actuelle regarde toujours le spectateur. D'une scène, se déroulant à l'extérieur, dans la nature, nous passons à une scène intérieur, dans un espace clos.

 


Giorgione (ou Titien selon la source), Le Concert champêtre 110x138. Louvre.
 


Picasso (1881-1973), Le Déjeuner sur l'herbe 129x195. Musée Picasso.
 

Les relectures du tableau de Giorgione par Manet puis Picasso sont sans doute aujourd'hui plus célèbres que le tableau initial. Ces oeuvres ont perdu leur caractère de copie pour devenir des créations à part entière. Ce phénomène fréquent en peinture est relativement rare en littérature.
 


 

Si, de l'aveu même de Manet, Le déjeuner sur l'herbe se voulait l'interprétation moderne du Concert champêtre de Gorgione, on constate aussi que son second tableau à sujet polémique : L'Olympia, repose sur un principe semblable en provenant indirectement d'une même source.

En effet, si La Vénus d'Urbino de Titien inspira par ses composants - servante, animal, sofa, fleurs - largement Manet lors de la conception de son Olympia, cette Vénus d'Urbino reprend, à l'exception du bras replié sous la tête et du visage aux yeux clos, une pose identique à celle de la Vénus endormie de Gorgione.

 

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