Vue d'ensemble

 

 

Il suffit de visiter un grand musée, et le Louvre tout particulièrement, pour se rendre compte à quel point le public aime à se faire photographier devant une oeuvre emblématique.

 

          

 

Le touriste japonais constitue certainement l'amateur type de l'exercice et manque rarement l'occasion de prendre la pose devant la Grande Odalisque ou tout autre tableau, à défaut de pouvoir être représenté devant la Joconde, trop sollicitée.

 

 

Florence, Août 199.

 

C’est l’été. Elle a vingt ans.

Elle arpente Les Offices depuis des heures. Dehors, tout au loin le Ponte Vecchio grouille de foule. Elle est bien, elle n’a pas envie de sortir. Sortir et rentrer dans le jeu des glaciers et des pauses à chaque café. Il fait une chaleur à mourir . Là-dedans, on est bien.

Et puis, elle a vingt ans et toutes ces toiles à apprendre par cœur, à se graver dans le cœur pour ne plus les perdre jamais. Elle sait déjà que c’est la première émotion qui sera la définitive, celle qui vient du ventre et qui vous prend comme un tournis.

Elle a beau sourire du syndrome de Stendhal, il y a tout de même un peu de ça ici. On ne peut qu’être saisi d’un tourbillon devant tous ces regards qui vous fixent au-delà de ces toiles, regard du modèle et regard du peintre, traversant les âges pour vous interpeller ironiquement.

Elle porte une robe fraîche de coton bleu et des sandales assorties, c’est si facile et si peu cher de s’habiller ici, en Italie… Et de si bon goût… Elle a retenu ses très longs cheveux en catogan, pour avoir moins chaud.

 

C’est au moins la dixième fois qu’elle revient devant cette naissance de Vénus, qu’elle vient s’entretenir un instant avec Botticelli : elle est romantique et c’est sa peinture qui lui parle le plus alors. Elle a tout son temps, elle est en Italie depuis quinze jours, il lui reste deux ans devant elle, deux ans pour préparer ce mémoire de littérature comparée qui lui offre cette occasion inespérée. Elle a demandé cette place de lectrice à l’Université pour s’éloigner de Nice, pour fuir ce terrible chagrin d’amour.

Elle fait durer sa visite aux Offices, il lui faudra bien sortir tout à l’heure : elle a promis à Catherine de l’appeler, comme tous les jours. Catherine qui se fait tant de souci pour elle, qui la croit lâchée dans la jungle. Catherine n’aime pas la peinture, seulement la musique. Elle ne sait pas ce qu’elle perd.

Alba Marden, 6 avril 2004

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